De singuliers cocons
Le musée Jean Lurçat situé au coeur du remarquable hôpital St Jean - du XIIe siècle - abrite à Angers la célèbre tapisserie du Chant du monde, qu’on ne se lasse pas de voir et revoir. Et dans sa dynamique, il accueille régulièrement des expositions temporaires liées à l’art textile. C’est là que Lily a découvert un dimanche de mai ses fameuses “papillotes” …
Tout d’abord, Merci de l’intérêt que vous avez porté à cette sculpture ! Énigmatique quant aux matériaux utilisés, mais tellement belle et riche de sens. Ainsi certaines ont vu des escargots, des cocons, d’autres ont imaginé des ventres de femmes enceintes …
Bravo à Servanne et Zéphyr qui ont su dénombrer dix éléments. Et bravo à Chantal pour les secrets de fabrication ! Il s’agit effectivement de bandelettes de coton pliées et fixées invisiblement par des épingles, une multitude d’épingles !
Simone Pheulpin, l’auteur de cette œuvre monumentale réalisée tout au long d’une année, en 1987, a choisi de multiplier par dix la “chose” qu’elle nous présente, sorte de cocon accroché à du bois. Dix, bel intermédiaire entre les neuf mois de grossesse de la femme et les douze mois de l’année qu’elle s’était fixée pour l’aboutissement de son travail. Le titre “Décade” évoque aussi, bien sûr, les dizaines d’années qui, de maturation en maturation, ponctuent les étapes de nos vies.
Avec cette artiste, on découvre une technique de création nouvelle et très originale, pour ne pas dire singulière. Une pratique incroyable à imaginer tellement elle exige de dextérité, de minutie et de patience !…
Simone Pheulpin, Vosgienne d’origine, a choisi d’acheter du coton brut de sa région, d’en faire des bandelettes, qu’ensuite indéfiniment elle plie, serre, enroule, resserre et épingle de l’intérieur, sans jamais utiliser d’autres matériaux et sans qu’aucune tête d’épingle ne soit visible.
De la répétition de ses gestes et de la souplesse du coton naissent des effets de reliefs, des moutonnements, des strates ou encore des failles qui plongent l’admirateur dans un univers organique et surtout minéral, constitué d’oeuvres allant du très petit au très grand format. Décade a immédiatement reçu l’adhésion des critiques d’art et a ainsi été sélectionnée à la 13è Biennale Internationale de la Tapisserie à Lausanne.
Les dix cocons ont été mesurés, calibrés et seulement quelques millimètres différencient le premier du dernier. Car Simone Pheulpin, qui exerçait à l’époque un métier autre que l’art, se retrouvait chaque soir devant ses bandelettes et ses milliers d’épingles pour plier, serrer et tirer exactement la même longueur de tissus. Qu’elle enroulait de façon identique sur ses dix cocons, l’un après l’autre !
Dans un monde où tout change très vite, quel vertige d’imaginer la lenteur et la répétition, le temps librement “gaspillé” et l’attente interminable que demande l’aboutissement d’une oeuvre si dense !
Ce qui est touchant, aussi, vous l’aurez noté, c’est la transformation du matériau de base. Comment la matière a été détournée, repensée, maitrisée, magnifiée … Et comment la douceur perdure ! “Envie de les caresser, très apaisant …” commentait Servanne-V.
“Eclosion 3”- 18cm
L’exposition “1.2.3 sculptures de fibres” est malheureusement terminée, mais vous pouvez visiter le site de Simone Pheulpin ici pour découvrir la richesse de ses coquillages, de ses nids, de ses craquelures de roches, de ses mousses ou de ses abysses calcaires. Au coeur ou à la surface de cet univers fascinant, nul doute, il n’y a aucun faux pli !
Trait
Par trait
Pli sur pli
Espace éclos
…
S’ouvre la vallée d’onde en onde
Défaits refaits les plis du cœur
Du tréfonds monte l’écho
…
A l’infini
Pli sur pli
Trait par
Trait
François Cheng
Commentaires
Je n’aurais jamais deviné!!! J’aime bien les haïkus :)
Obstination de l’artiste.
Merci pour le regard porté sur l’œuvre et l’éclairage que tu en donnes.
Merci pour toutes ces explications et merci pour le poème
Quel travail d’une infinie patience!
Oui, merci, tes explications sont lumineuses.
Puis j’ai visité son site…cette suite d’éclosions, que c’est beau!
Belle semaine à toi.
Impressionnant ! Merci de nous avoir fait connaître cette œuvre et cette artiste (qui est en même temps une artisane, n’est-ce pas !) Moi qui aime beaucoup le travail manuel, j’admire cette créativité, cette minutie, cette patience et cette sobriété.
Moi j’ ai vu d’ abord des meringues très réussies…qui ont charmées mes papilles…Mais il s’ agissait de papillotes !!
Merci beaucoup pour cette belle découverte aussi étonnante que précise…
Ces créations ressemblent au travail du bombyx du murier …qui travaillait dans le pays d’ où je viens:-))
Merci Lily aussi pour François Cheng
Singulière découverte, qui touche les arts textiles que j’aime tant. Merci pour m’avoir encore une fois étonnée…il me semble que j’avais évoqué du tissu dans mon commentaire??…mais il me semble que j’ai une forte tendance à en voir partout! Bises, natur’Lment.
Incroyable travail de patience que j’ai du mal à imaginer ! On dirait vraiment du plâtre ! C’est bluffant… Superbement accompagné des paroles de François Cheng