Une ferme d'autrefois
“De nos jours, hélas, les fermes ressemblent de plus en plus à des usines et si le genre humain a des efforts à faire, c’est peut-être dans le sens d’un ” progrès du progrès”. Il est tout à fait défendable d’élever des animaux pour manger leur chair et boire leur lait. Mais il faut leur assurer une vie décente et, à la fin, une mort rapide et sans douleur. […] Nous devons (chacun de nous doit) lutter contre l’élevage intensif et les atrocités qu’il suppose.”
Partant de ce constat et de cette volonté de lutte, Philippe Dumas a choisi de “donner du rêve” à ses lecteurs en dessinant la ferme d’hier. Pour nous guérir de notre indifférence.
Cet album large comme la moitié d’une fenêtre se déguste en soulevant les pages vers le haut à la façon d’un almanach. Philippe Dumas, illustrateur de talent et également auteur, nous confie d’emblée que le grand-père de sa femme a travaillé dans cette ferme, en Angleterre. On le croit aisément vu sa passion à nous en montrer (croquer) la vie, l’esprit, les petites anecdotes et même les détails techniques.
La ferme de Cogges *, à Witney, près d’Oxford, a conservé le fonctionnement et le mode de vie des anciens : utilisation des chevaux pour les labours, des ânes pour tirer la charrette ou se promener en famille, traites manuelles des vaches, fabrication du beurre de baratte, lessives dans des baquets avec l’eau bouillante de ma marmite, etc.
Fin observateur, Philippe Dumas, a su rendre vivante une journée de ces paysans et de leurs bêtes à travers d’attachants tableaux, lumineux ou sombres selon les moments ou les lieux, mais aussi à travers des pages construites comme les planches d’un carnet de croquis. Des instantanés donc, croqués sur le vif, un peu désordonnés en apparence mais tellement séduisants, répétés pour le plaisir du trait, de la pose, pour la compréhension du lecteur, pour l’humour aussi, cela va de soi, et tout ça dans une belle harmonie.
Parfois les personnages se fondent dans le décor, dans la nature familière et foisonnante du jardin. Des légendes nous rappellent leur présence ou, très concrètement, nous expliquent le travail de chacun, - “A la ferme, personne n’est inactif. Hommes et bêtes collaborent”-, l’utilisation des outils, l’art du potager ou le soin des animaux.
Les enfants ne sont pas oubliés : qu’ils regardent le travail avec la moissonneuse-batteuse, qu’ils aident parfois à de menues activités, ou le plus souvent qu’ils jouent, on voit bien qu’ils trouvent leur place et leur bonheur dans cet univers. Dommage peut-être qu’on ne les voie pas assister à une naissance de petit veau, regarder et lire des illustrés ou encore parler avec des visiteurs … Mais il est vrai que l’auteur s’est concentré sur une journée de travail à la ferme.
Cet album, plaisant témoin du passé, est aussi pour une part tourné vers l’avenir. Montrer aux jeunes générations ce qu’est une agriculture non productiviste, respectueuse des hommes et des animaux, respectueuse des rythmes de la nature et des plaisirs qui lui sont liés. Idyllique ? Peut-être, mais d’une façon qui marque durablement la sensibilité et incite à agir pour une autre agriculture, pour une autre façon de travailler et de vivre avec le temps et l’environnement qui est le sien.
Lily s’est longuement attardé à admirer les diverses scènes, les croquis. Elle a aussi goûté le savoir, l’humour et la poésie de Philippe Dumas :
“En une journée, la moissonneuse-batteuse
fait le travail de huit cents hommes
battant le blé à la main à l’aide d’un fléau.”
“… des enfants qui sont priés de s’ennuyer à l’étage …
quand les grandes personnes s’amusent en bas au salon.”
Au moment de la moisson :
“Les lièvres ne savent plus où se cacher.”
Et dans les dernières pages :
“Après le travail, Robert ** mène le plus doux des chevaux
boire à la rivière.
Un peu plus bas en aval, les bergers ont fini
de donner leur bain aux moutons.”
(**un petit d’environ six ou sept ans)
Ah bon, on donne le bain aux moutons ?! Très poétique en tout cas.
Un magnifique album qu’on ne se lassera pas de feuilleter, tout en cultivant son lien à la nature, à l’histoire des hommes et à l’essentiel de leur vie ! À savourer sur les genoux des parents ou des papis-mamies, qui auront beaucoup de plaisir, de bonheur même, à se remémorer leurs propres souvenirs d’enfance ou à faire eux aussi des découvertes.
* “Dans cette ferme, on s’entête à travailler et à vivre comme autrefois. Nous remercions ses habitants pour leur accueil et vous recommandons vivement d’aller leur rendre visite.” Philippe Dumas
“Une ferme d’autrefois”
Auteur- illustrateur : Philippe Dumas
Éditeur : L’école des loisirs, 2010
Age : À partir du moment où l’on sait distinguer un cheval d’un âne, ou d’un mouton et où on aime ça ! =^.^=
Commentaires
Ton billet donne envie de découvrir cet album avec nos petits-enfants.
Merci pour cette belle découverte ! Une belle idée de cadeau !
La lessive dans les baquets remplis d’eau bouillante, qui la fait ?
Qui rince le linge dans l’eau froide ?
Qui l’essore à grands coups de battoir, à genoux sur la paille de la caisse en bois ?
Je connais cet album. C’est vraiment bien fait!
On sent ici un parfum d’authenticité qui fait du bien à l’âme, je ne me priverai pas du plaisir de découvrir ce livre ! Merci pour tes mots déposés sur Plumes d Anges. À bientôt, douce journée. brigitte
@ Yves : Des gens un peu fêlés qui ne savent même pas que les lave-linges existent ! Ils n’ont pas vu le progrès arriver avec son cortège de bonheur et de malheur. Ceci dit beaucoup de lutins sont captivés par les images et gestes du passé quand on leur explique.
Les fermes d’aujourd’hui peuvent aussi s’inventer sur les espaces publics. Planter une graine de courgette au coin d’herbes folles. Un mouvement citoyen agit dans ce sens ces derniers temps.
Lutter contre l’élevage intensif, barbare, une nécessite urgente, tout à fait. Et remettre la nature au centre de nos vies l’est aussi, la dorloter.
Intéressant pour les enfants de voir, comprendre comment on faisait avant, de constater ce qu’on fait maintenant aussi.
Excellent weekend à toi
Ton billet me donne envie de feuilleter et regarder attentivement cet album, rien que pour le plaisir des dessins. Il est vrai que nous sommes passés de la ferme à une agriculture intensive. Un peu plus de respect des animaux, plus de productivité aussi folle, plus à l’écoute de la nature ne ferait pas de mal. Non pas un retour au 18ème siècle ! Une autre façon de voir l’agriculture dans le respect des êtres vivants seraient souhaitables.
Je suis enfin à jour dans mes lectures… Je te souhaite un bon weekend. Bises et à très bientôt pour un prochain billet.
Je parle de toi dans mon billet “aujourd’hui une affiche”…
Bon ouiquende
Cela donne vraiment envie de lire ce livre…. J’adore tous ce que tu me fais découvrir :)
As-tu reçu mon mail?
Bisous et bonne soirée