Le manteau de Martin
Dans le dernier billet, j'évoquais Martin, dit de Tours. A propos d'un repas où l'archevêque de la ville devait bénir une relique du manteau de notre homme. Le fameux manteau coupé en deux ! Vous connaissez probablement l'histoire, la légende, qui personnellement m'est chère. D'ailleurs, un petit Martin ne s'est-il pas niché dans mon cœur il y a environ vingt-trois ans ?… C'était sa fête le 11 novembre. Une occasion de lui dire que je l'aime.
Un soir d'hiver, à Amiens, un pauvre homme grelottait de froid et de solitude. Dans une ruelle, il tendait la main - comme beaucoup dans nos villes, aujourd'hui - et ne recevait qu'insultes ou indifférence. Martin, soldat de l'armée romaine en patrouille, du haut de son cheval s'est ému. Peut-être à cause de la plainte du mendiant, de son corps décharné et moitié nu dans la froidure, mais peut-être aussi à cause de son visage en face de lui. Un visage avec deux yeux limpides et un doux sourire - comme on en rencontre souvent, aux abords des magasins ou près des parc-mètres.
Martin avait-il des écus dans sa bourse ce soir-là, on l'ignore, mais dans les ruelles glaciales de la ville du Nord, il a préféré offrir quelque chose d'important pour lui-même; partager une partie du manteau ample et long qui le protégeait, tout en partageant le grelottement du pauvre homme. Un vrai don ! Qui n'est pas, on le sent bien, simple délestage du superflu !
La nuit suivante, Dieu aurait "parlé" à Martin pour lui dire qu'à travers ce mendiant, c'était lui-même, pauvre entre les pauvres, qu'il avait secouru. De quoi faire frémir tous les VIP de l'époque !
Par la suite, enlumineurs, peintres, sculpteurs, à travers tout le Moyen Age, se sont emparés du geste pour signifier à tous, de façon durable, que la vie est un don et que l'on passe à côté des belles choses lorsqu'on accumule sans cesse au lieu de partager avec ceux qui ont besoin, c'est-à-dire un peu tout le monde.
Enluminure La charité de St Martin
clic
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Statue de Saint Martin de Tours coupant son manteau en deux.
Façade de la Cathédrale Saint-Pierre (XIIe siècle), Angoulême (16)
Source Wikipédia,
- Une photo assez exceptionnelle,
car l'ensemble, en hauteur, peut difficilement être admiré de visu -
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Bon, trêve de longs discours,
n'est pas St Martin ou Mère Theresa qui veut !
Cependant, je me réjouis à chaque fois qu'autour de moi, je vois des petits gestes solidaires. En 2012, on partage son temps, sa voiture ; on donne aux Restos du cœur, à la Banque alimentaire ; le Téléthon nous rassemble ainsi que les "Réveillons de l'amitié" de plus en plus nombreux…
Quoi encore par chez vous ?
Je ne connais pas vos goûts en matière de sculpture;
moi, j'aime particulièrement cet ensemble contemporain
que je viens de découvrir, via Wikipédia,
devant l'école Martinusschule dans la vieille ville
de Mayence.
Pour finir, une pointe d'humour assez réaliste avec
ce proverbe turc :
"Quand un homme riche tombe par terre,
on dit que c'est un accident ;
quand c'est un pauvre, on dit qu'il est ivrogne."
Commentaires
Ouille ! Je l’ai totalement oubliée, la fête de Saint-Martin qu’on célèbre avec faste et beaucoup de plaisir en Allemagne. Les écoliers ont fabriqué depuis des semaines déjà des lanternes en carton qu’ils allument le soir de la Saint-Martin et portent fièrement, en grand cortège précédé par Saint-Martin sur son cheval blanc, à travers la ville. Puis ils s’en vont, en petits groupes, de maison en maison pour chanter les chansons traditionnelles et cueillir aux portes des bonbons et d’autres friandises…
Apprendre à partager
et non pas à accumuler
j’aime bien ton billet pour la Saint Martin
Moi aussi j’ai un petit MArtin :le dernier de mes petits enfants
Et bien, je ne connaissais pas cette légende, comme je comprends qu’elle te soit chère !
La statue de Saint Martin de Tours est très belle… j’ai toujours regretté que ces bijoux de nos cathédrales soient si difficilement accessibles à notre oeil !
Voici un conte médiéval pour honorer Saint Martin que je vous résume et vous confie :
Un riche bourgeois d’Abbeville avait des terres, et beaucoup de biens.Mais le pays fut ravagé par la guerre, il quitta sa ville avec sa femme et son jeune fils, et vint s’installer à Paris.
Cet homme était sage et courtois, sa dame fort enjouée, et leur fils ni sot ni malappris. Leurs voisins les tenaient en grande estime. Le bourgeois achetait et revendait habilement des denrées et acquit beaucoup de bien.
Il vécut ainsi fort heureux, jusqu’au jour où il perdit sa compagne. Le garçon, qui était leur seul enfant, en fut très attristé. Si bien que son père chercha à le réconforter.
-“Sèche tes yeux, te voilà bientôt d’âge à prendre femme. Nous sommes ici, loin de nos parents et de nos amis. Si je venais à disparaître, tu te trouverais sans soutien dans cette grande ville.
Je voudrais te voir marié. Il te faut une femme bien née.
Devant leur maison habitait une demoiselle de haut lignage. Son père était chevalier expert au maniement des armes, mais qui se trouvait ruiné.
La fille était gracieuse, avec de l’allure, et le marchant la demanda à son père.
Le chevalier, s’inquiétât de sa fortune.Le bourgeois répondit volontiers :
- J’ai, en marchandises et en deniers, mille et cinq cents livres sonnants. J’en donnerai la moitié à mon fils.
- Sire, dit le chevalier, si vous deveniez templier, vous laisseriez tout votre bien au Temple. Nous ne pouvons nous accorder ainsi ! Il est juste, messire, que tout ce que vous possédez, vous le donniez tout entier à votre fils. À cette seule condition, le mariage sera fait.
L’homme réfléchit un temps :”J’accomplirai votre volonté”, dit-il.
Il se dépouilla de tout ce qu’il avait au monde, ne gardant pas même de quoi se nourrir, si son fils venait à lui manquer.
Alors le chevalier donna sa fille au jeune homme.
Le marchant vint vivre chez son fils et sa bru. Ils eurent bientôt un jeune garçon, aussi sage que beau, plein d’affection pour son aïeul ainsi que pour ses parents.
Douze ans plus tard. Le marchant devenait si vieux qu’il lui fallait un bâton pour se tenir. Il était à la charge de ses enfants, on le lui faisait cruellement sentir. La dame, qui était fière et orgueilleuse, ne cessait de répéter à son mari :
- Sire, je vous prie, pour l’amour de moi, donnez congé à votre père. En vérité, je ne veux plus manger, tant que je le saurai ici.
Le mari était faible. Il en fît donc bientôt à sa volonté.
- Père, père, dit-il, allez-vous-en. Voilà plus de douze ans que vous mangez de notre pain. Maintenant, allez donc vous loger où bon vous semblera !
Son vieux père maudit le jour qui l’a vu naître.
- Ah ! Fils. Ne me jette pas hors du logis. Il ne me faut plus guère de place. Pas même de feu, de courtepointe, ni de tapis : fais-moi mettre sous cet appentis quelques bottes de paille. Il me reste si peu de temps à vivre !
- Père, à quoi bon parler ? Partez car ma femme deviendrait folle !
- Fils, où veux-tu que j’aille ? Je n’ai pas un sou vaillant.
- Vous irez de par la ville. Elle est, assez grande, vous trouverez bien quelque ami, qui vous prêtera un logis.
- Un ami, mon fils ! Mais que puis-je attendre d’un ami, quand mon propre enfant me chasse ?
- Père, croyez-moi, je n’en fais pas toujours à ma volonté.
Le vieillard, le cœur meurtri, se lève et va vers le seuil.
- Fils, dit-il. Puisque tu veux que je m’en aille, de grâce, donne-moi quelque couverture, car je ne puis souffrir le froid.
L’autre, tout en maugréant, appelle son enfant.
- “Que voulez-vous, Père?” dit le petit.
- “Va dans l’écurie, tu prendras la couverture qui est sur mon cheval noir, et tu l’apporteras à ton grand-père.
L’enfant va chercher la couverture, il prend la plus grande et la plus neuve, et il la partage avec son couteau par le milieu. Il en apporte la moitié.
- “Enfant, lui dit le grand-père, tu as mal agi. Ton père m’avait donnée la couverture entière”.
- “Allez, dit le père. Donne-la tout entière.
- “Je ne le ferai pas, dit l’enfant. Je la garde pour plus tard. Je vous en garde la moitié, car vous-même n’obtiendrez pas davantage de moi. J’en ferai avec vous exactement comme vous faites avec votre père. De même qu’il vous a donné tous ses biens, je veux aussi les avoir à mon tour. Si vous le laissez mourir misérable, ainsi je ferai avec vous, si je vis”.
Le père médite, et rentre en lui-même:
-“Père, revenez. Il faut que le diable m’ait poussé, car j’allais commettre un péché mortel. Grâce à Dieu, je me repens. Je vous fais à tout jamais seigneur et maître en mon hôtel. Si ma femme ne peut le supporter, je vous ferai servir ailleurs. Vous aurez toutes vos aises, courtepointe et doux oreiller.
“Par saint Martin, je vous le dis, je ne boirai de vin ni ne mangerai de bons morceaux, que vous n’en ayez de meilleurs. Vous aurez une chambre à vous seul, et un bon feu de cheminée. Vous aurez une robe telle que la mienne. À vous je dois fortune et bonheur, beau doux père, et je ne suis riche que de vos biens”.
Seigneurs, la leçon est bonne.
Conte médiéval dont vous pouvez trouver le texte sur : http://nainborne.chez.com/conte.htm
Partager, chacun à sa manière… chacun comme il le peut… LA VRAIE VIE quoi! Bises. brigitte
Je connaissais bien évidemment cette histoire de St Martin, puisque “chui picarde”. Par contre celle d’Advile (en picard) m’était inconnue.
Il existe une église St Martin à Amiens. http://inventaire.picardie.fr/docs/…
BISOUS et bon week-end.