L'homme et la femme-joie
Véro, une amie, m’avait glissé le titre dans l’oreille lors d’une conversation. Une blogueuse avait évoqué son “bleu” du tout début, le bleu du commencement, de la première nouvelle du recueil. Alors, entre les jours précédant Noël et le bout de l’an, je me suis installée sur mon lit avec un gros coussin et “l’homme-joie” de Christian Bobin.
J’avais en tête mille petits préparatifs et le gris du ciel, le besoin vital de me poser et la hâte de lire vite pour entamer bientôt la pile de livres offerts pour ma retraite (!) De plus, suite à quelques lectures bien ficelées, j’attendais une intrigue pour m’accrocher, me distraire peut-être. Alors, je suis restée au bord des mots, de la dentelle des mots transparents, cueillant de temps à autre un joli caillou, trop léger et froid dans ma paume. La nouvelle relatant l’exposition Soulage à Montpellier m’a plongée dans un certain “noir”. Difficulté à comprendre le cheminement du poète, moi qui aime tant les vitraux de l’abbaye de Conques révélant les variations si particulières à la lumière selon la course du soleil. Pourtant, je pressentais qu’il y avait dans ce livre-objet si soigné et élégant, un cadeau pour moi.
Les courts poèmes tracés à la main sur le sable blanc de pages éparses ont, finalement, été ma porte d’entrée. Tels des haïkus vifs et intenses, ils ont su frapper mon esprit, m’éveiller.
Les fleurs de cerisier
condamnées à mort
en rient de plus belle.
Les fêtes jetaient, à ce moment-là, sur ma vie, sur mes rencontres, des bulles de lumière et des rubans. Et, doucettement, je me suis enfin abandonnée à cette voix particulière, tissée de riens et de fulgurances, de rencontres et silences, de culture et de sensibilité toute enfantine. Face à l’abandon, la vie se démultiplie, les mots deviennent des fenêtres, des échelles et parfois, même, des étoiles jaillissent de la boue. J’ai adoré “Trésors vivants”, ces “malades d’Alzheimer” devenus pépites, par la grâce d’un père qui, interrogé sur son fils, l’évoque en le nommant “Celui qu’on n’oublie pas”. Un tel trait d’esprit ne peut s’inventer ! Mais le poète à partir de “miettes” qu’il a sous les yeux, s’emploie à reconstituer “le pain entier”, le pain de nos rêves, pain quotidien à mastiquer longuement, à partager sous les étoiles avec les chats maigres, les anges et les gitans.
J’ai rêvé d’un livre
qu’on ouvrirait comme
on pousse la grille
d’un jardin abandonné.
Bien sûr l’auteur, à la dernière page, évoquant les “ongles noirs” de la méchanceté, du monde, du diable ou de la misère, sur lesquels il voit de la lumière, donne envie - une envie irrépressible - de replonger dans les jours et les semaines qui suivent, dans ses pérégrinations aussi poétiques que spirituelles.
“Je vous donne là
tout ce que je possède”
… avait-il annoncé sur le bandeau de couverture. Voilà vraiment le cadeau d’un homme-joie !… Un recueil précieux qui peut nous accompagner plusieurs saisons. Au fond de mon jardin, deux fleurs jaunes éclatent de santé sous le “bleu” de mon ciel de janvier. Je sais que je vais prendre le temps de refaire le chemin avec l’ami Bobin, l’homme-joie, demain ou dans un mois. “C’est aussi simple que ça.”
Christian Bobin, “l’homme-joie”, L’Iconoclaste, Paris, 2012
Commentaires
Je connais plusieurs autres livres de Bobin, et ce que tu racontes de celui-ci donne en effet envie de le lire. Merci pour la recension.
J’ai ce livre et je m’y replonge souvent en savourant une ou deux pages et puis je referme et la magie continue à opérer. Bobin nous rend plus heureux, plus léger, nous entraîne à savourer le moment présent. C’est un faiseur de bonheur. Je t’embrasse Lilly. A bientôt.
Bobin , c’est toujours le renouveau dans la continuité. Et ce sont toujours les détails qui nous étonnent le plus.
ah ! comme tu parles de ce livre de Bobin !
Je crois que je vais le relire
Un billet inspirant et des commentaires qui donnent envie d’ouvrir ce livre que je ne connaissais pas! :)
Un cadeau de joie, de lumières, comment ne pas s’y plonger régulièrement?
Tu en parles si bien qu’on s’y sent déjà, merci!
Excellent dimanche Lily.
Tiens donc, tu dis “je” … sourire
Bien sûr j’adore Bobin ! Bien sûr quand je savais qu’il sortirait son dernier livre, je m’en réjouissais d’avance, je n’ai même pas eu à l’acheter, je l’ai trouvé sur le bureau de mon père, étonnant, mon père lit très peu de poésie, le titre attire irrésistiblement. Pourtant tu vois, moi qui ai nombre de ses oeuvres, ce dernier n’est pas mon préféré, malgré le titre qui reste pour moi LA grande réussite de son petit, j’y ai trouvé quelques pépites comme toujours mais les précédents sont si beaux, si beaux …
La femme-joie offre un sourire à la femme Anjou ah !
J’ai beaucoup aimé Ton écriture, surtout le deuxième paragraphe..
Quant à la joie, qui peut véritablement y résister ?
C.Bobin est une cerise sur le gâteau de la vie, il touche à la grâce… Tu en parles très bien, belle journée à toi Lily. brigitte
Comme toi , l’ ami Ch.Bobin fait partie de mes jours..
Je le consulte souvent et y découvre toujours des trésors..
Le premier que j’ ai lu de lui m’ a été offert par ma soeur après la mort de ma belle-mère…Elle avait la maladie d’Alzheimer …
Ce livret s’ intitule ” La présence pure “…que ne l’ ais-je eu entre les mains avant son grand départ…C’ est un petit bijou..
Je vais essayer de trouver ” La femme joie ” la façon dont tu en parles me donne envie de m’ y abandonner…:-))
De tout coeur je t’ embrasse
Je voulais dire ” L’ homme -joie “…serait-ce un lapsus..? :-))
Ce n’est pas original de le dire ici, mais : j’aime beaucoup Bobin ! j’aime me plonger régulièrement dans ses textes qui nous redonnent la lumière ! Et la façon dont tu parles de “l’homme-joie” me donne très envie de découvrir ce livre-là…
Bobin, bien sûr une valeur sûr ! Je ne connaissais pas ce livre et tu m’as donné envie de m’y plonger ! Des lectures précieuses et des fenêtres ouvertes vers la vie… Merci Lily !