oiseau-jardin
La mésange

Les soldats s'en vont lentement
Dans la nuit trouble de la ville.
Entends battre mon coeur d'amant.
Ce coeur en vaut bien plus que mille
Puisque je t'aime éperdument.
[…]

Ce matin vint une mésange
Voleter près de mon cheval.
C'était peut-être un petit ange
Exilé dans le joli val
Où j'eus sa vision étrange.

Ses yeux c'était tes jolis yeux,
Son plumage ta chevelure,
Son chant les mots mystérieux
Qu'à mes oreilles on susurre
Quand nous sommes bien seuls, tout les deux

Dans le vallon j'étais tout blême
D'avoir chevauché jusque-là.
Le vent criait un long poème
Au soleil dans tout son éclat.
Au bel oiseau j'ai dit :" Je t'aime "

Guillaume Apollinaire
2 Février 1915.
Dans "Poèmes à Lou", Édition Gallimard
* Louise de Coligny-Châtillon