Le tissu profond
Le printemps des poètes rend hommage, cette année, à Pablo Neruda, mort le 23 septembre 1973 à Santiago du Chili. Il était homme de conviction, poète, écrivain, diplomate, engagé en politique… Titulaire du Prix national de Littérature en 1945, il entra dans la clandestinité en 1948, puis reçut le Prix mondial de la Paix en 1950 et revint au Chili en 1952. C'est deux ans avant sa mort, en 1971, qu'il obtient le Prix Nobel de Littérature.
Je ne vais pas faire la fière, ce n'est pas un poète que je lis beaucoup. Pourtant entre 73 et 76, son nom régulièrement revenait dans les conversations. Alors j'ai acheté les "Odes élémentaires". J'avais recopié intégralement d'une écriture fine et appliquée celle à l'homme simple. Depuis que j'écris sur ce blog, je repense très souvent au passage suivant… Dont j'essaie modestement de faire ma ligne de conduite :
"Marraqueta" - Pain d'Amérique Latine - Fernando Ossandon
…
et tout comme dans une étoffe
les lignes ont occulté
par la couleur la trame
du tissu,
moi j’efface les couleurs
et je cherche jusqu’à trouver
le tissu profond,
c’est ainsi que je trouve aussi
l’unité des hommes,Pablo Néruda (1904-1973)
Extrait de "Ode à l'homme simple"
Publiée dans "Odes élémentaires"- 1954
Effacer les couleurs, trouver le tissus profond …
Laboureur par Ralf Roletschek sur Wikipédia
"Les choses devraient être faites aussi simples que possible,
mais pas plus simples."
Albert Einstein (1879–1955)
Ouvrière - usine d'avion de transport 1942 Texas par Hollem, Howard R
"Nos vies sont gaspillées par les détails; simplifiez, simplifiez."
Henry David Thoreau (1817–1862)
"Espace et temps", La Junta (Colorado) P-R sur Flickr
"La simplicité est la sophistication ultime."
Léonard de Vinci (1452–1519)
Commentaires
néruda, je l’ai découvert avec le Canto général mis en musique par Théodorakis (que j’ai eu la chance de rencontrer plus tard)
Ton passage de référence est “profond.”
Ton choix d’images est une illustration précise et sensible de la poésie de Pablo Neruda. C’est vrai qu’on le lit trop peu ; l’hommage du Printemps des poètes devrait aider à le découvrir davantage.
Je ne connais pas beaucoup son œuvre, en parler donne envie de redécouvrir cet homme qui a su aimer et chanter notre terre et les hommes qui l’habitent …:-))
”Nous irons couronnés d’épis,
conquérir terre et pain pour tous,
et alors la vie aussi, aura forme de pain,
elle sera simple et profonde,
innombrable et pure.
Tous les êtres auront droit
à la terre et à la vie,
et ainsi sera le pain de demain,
le pain de chaque bouche, sacré, consacré
parce qu’il sera le produit
de la plus longue et de la plus dure lutte humaine.
Elle n’a pas d’ailes, la victoire terrestre …
Elle a du pain aux épaules,
courageuse elle vole et libère la terre,
comme une boulangère que porte le vent …”
Pablo Neruda
Bisous Lily
Quel profond et beau billet!
J’aime beaucoup Pablo Neruda, je le lis et traduis régulièrement sur mon blog, tu le sais bien!
Voici deux strophes d’un autre poéme que j’aime tant:
A mis obligaciones Pablo Neruda
Cumpliendo con mi oficio
piedra con piedra, pluma a pluma,
pasa el invierno y deja
sitios abandonados,
habitaciones muertas:
yo trabajo y trabajo,
debo substituir
tantos olvidos,
llenar de pan las tinieblas,
fundar otra vez la esperanza.
Accomplissant mon travail
pierre à pierre, plume à plume,
passe l’hiver et laisse
des lieux abandonnés,
des chambres mortes:
je travaille et travaille,
je dois substituer
tant d’oublis,
remplir de pain les ténèbres,
à nouveau fonder l’espoir.
(…)
A todos tengo que dar algo
cada semana y cada día,
un regalo de color azul,
un pétalo frío del bosque,
y ya de mañana estoy vivo
mientras los otros se sumergen
en la pereza, en el amor,
yo estoy limpiando mi campana,
mi corazón, mis herramientas.
Tengo rocío para todos.
À tous je dois donner quelque chose
chaque semaine et chaque jour,
un cadeau de couleur bleue,
un pétale froid de la forêt,
et dès le matin je suis vivant
tandis que les autres se submergent
dans la paresse, dans l’amour,
moi je nettoie ma campagne,
mon coeur, mes outils.
Pour tous j’ai de la rosée.
(Trad: Colo)
VEILLEURS, AIGUISEZ VOTRE GUET :
La Vie, elle est vie et vivre elle veut ;
Elle n’a pas donné toutes ces beautés
Pour qu’aujourd’hui sur elles viennent danser
De sanglantes, stupides férocités.
Chose si désolée est d’être un homme,
Chose si monstrueuse l’évangile de l’animal-héros,
Mais les nuits à semailles d’étoiles
Même aujourd’hui interdisent qu’on oublie
La foi en l’homme, Beauté sur le métier !
Donc, ô vous qui toujours veillez, désertés,
VEILLEURS, AIGUISEZ VOTRE GUET.
Armand Robin
Merci pour cette page d’Essentiel ! Les photos que tu as choisies aussi me touchent …
Merci aux amies pour leurs passages choisis du grand Neruda, il me touche profondément et je trouve aussi que je ne le lis pas assez, je vais le retrouver plus et mieux …
Le partage du pain quotidien, tout est dit dans ta première photo …
Belles pensées partagées Cathie
Beau billet… j’en laisse fondre, recueillie, un bout dans la bouche de ton pain quotidien…
Neruda, jamais lu vraiment, mais il est là, dans les parages, depuis longtemps… comme un ami potentiel qui attends que je me décide à le visiter…
“El Canto General”, mis en musique par Théodorakis était dans les disques chéris de mon père… souvent écouté…
http://www.youtube.com/watch?v=mMp5…
Quelques citations dans un calendrier perpétuel latino toujours ouvert dans ma chambre… qui me rappellent régulièrement qu’il faudrait que je le sorte de la médiathèque…
Et puis “Le Facteur”, un film italien magnifique ( il doit exister en DVD ) sur l’exil de Neruda sur une île italienne et la découverte de la poésie par le facteur du titre…
Merci de me faire connaître Neruda, un peu mieux. J’avoue que je compte parmi les gens qui ne l’ont pas lu - peut-être parce que je trouve tellement difficile d’apprécier des poètes à travers des traductions.
c’est une belle phrase et une belle ligne de conduite !
belle recherche de simplicité et de l’essentiel
J’aime bien Pablo Neruda particulièrement son recueil “Vaguedivagues”
Quelques jours d’absences et voilà que je découvre un billet qui me ramène à ma vie de jeune femme, Neruda, Théodorakis, Jean Ferrat, le “Romancero de Pablo Neruda” écrit par Aragon pour lui rendre hommage.
Le Chili et les réfugiés Chiliens en France…France Terre d’Asile !!!! En ce temps là… c’était un autre temps, plein d’Espoir.
Pablo Neruda lut par morceaux, j’ai beaucoup écouté “el canto general”. Un poète à mieux lire et à approfondir… Merci de me le rappeler avec ce beau poème qui ramène à l’essentiel ! Tu me donnes envie de m’y plonger surtout en cette période !