Comme lui
C'était en 1983, il y aura prochainement trente ans. Je venais d'aménager en Anjou et malgré la joie de découvrir une terre nouvelle et des amis, ce temps avait été une petite "épreuve" pour moi. Se débarrasser, jeter, quitter … Un jour cependant, découvrant Paul Eluard, je copiais sur un bristol blanc, d'une écriture légèrement penchée vers la droite, les trois derniers vers du Phénix que j'accrochais juste à côté du miroir de ma nouvelle salle de bain. Avec deux punaises, tout simplement. Combien de temps le poème est-il resté fixé au mur ? Plusieurs années, je pense … Et voilà que cette semaine, effectuant de sérieux rangements*, je retrouve le bristol jauni, l'écriture délicate d'alors - aujourd'hui elle est plutôt droite - et que les sentiments de l'époque affluent en moi. De façon plus profonde et plus légère !
La flamme est la nuée du cœur
Et toutes les branches du sang
Elle chante notre air
Elle dissipe la buée de notre hiver.
Nocturne et en horreur a flambé le chagrin
Les cendres ont fleuri en joie et en beauté
Nous tournons toujours le dos au couchant
Tout a la couleur de l’aurore.
Paul ÉLUARD, Le Phénix (extrait), Gallimard
*Indispensables tout au long de la vie, mais, là, liés à mon passage à la retraite.
Commentaires
Deux mots à la suite de ton billet.
Rangement. Éluard.
Le premier va devenir vital, le poète l’est déjà.
(Besoin de brancher un ordinateur portable : il me faut enjamber des piles de livres qui montent du sol. Sur le dessus, le premier recueil de Poèmes d’Éluard que j’ai acheté – Livre de poche avec une reproduction d’un portrait du poète par Picasso.)
Le phénix a suivi Le temps déborde.
(La mer, la mer, toujours recommencée… Paul Valery, et quelque part Georges Brassens)
Tu dis tant de choses profondes dans tes mots Lily … Tu soulèves et regardes le passé en commentant le présent et celle que tu es devenue. En miroir de toi, tu as fait cela, dans la salle de bain, quand tu étais plutôt jaune ( c’est l’inverse c’est le papier qui a jauni ! sourire ) et que tu écrivais penchée à droite unis vers ( d’Eluard) celle qui est optimiste et habitée par la poésie, es-tu devenue cette femme plus réaliste, toujours poète, mais tellement plus ancrée dans la vie, après le fleuve qu’elle a déjà déroulé, sachant l’apprécier. Indispensable dis-tu de trier, se débarrasser de, tout au long de la vie ou à des étapes phares, je le crois aussi, pour passer à une autre tronche ( pardon c’est le miroir de salle de bain qui me fait dire ça ! sourire ) de vie.
Avec deux punaises
Seulement
J’accroche une histoire
Je t’embrasse ma chère Lily-liane.
Comme quoi, la poésie est fondamentale et tellement nécessaire pour nous aider à vivre.
Merci pour ces beaux vers d’Eluard, que j’aime tant.
Bonne journée.
Le rangement une phase nécessaire chez moi en ce moment autant dans ma tête que dans ma maison d’ailleurs ! Un billet qui parle du passé avec justesse et sans nostalgie. En 83, j’étais tout juste partie de l’Anjou depuis une année… Que de choses emmagasinées depuis… que de chemins parcourus aussi… Je ne connaissais pas cet extrait . Je trouve ces mots très beaux et profonds : nous tournons toujours le dos au couchant… Merci Lily et bon dimanche. Bises
Moi aussi j’avais l’écriture penchée à droite et maintenant elle est droite, je me demande ce que cela veut dire ?
J’aime beaucoup ce poème et la fin - Tout a la couleur de l’aurore -
Merci Lily
Plus le temps passe, plus j’ai besoin de poèsie…
*Des rangements, c’est forcé, mais surtout une liberté, une disponibilité nouvelles, un autre rythme, passé présent futur réaccordés.
Heureuse & riche retraite, Lily.
Ah comme les souvenirs sont présents lorsque l’on retrouve ces petits riens qui ont fait beaucoup….
Merci pour le partage de ce souvenir plein de douceur.
ça fait bien longtemps que j’ai dans l’idée moi aussi d’écrire quelques phrases, parmi mes préférés, dans une belle écriture, sur un carton et l’accrocher sur un mur… Mais je ne prends jamais le temps… Le rangement ça fait du bien au moral, on jette, on trie, et on retrouve des petits trésors comme celui là :0)