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Un peu comme les enfants, j'aime bien la pluie, son petit rire sur les toits, son humeur changeante et la verdure qu'elle fait étinceler et pousser, lorsqu'elle n'est pas trop violente. J'aime surtout la façon qu'elle a de m'amener à considérer le spectacle de la nature avec un œil de poète, au lieu de me comporter en propriétaire ronchon.

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Bien sûr, je déplore sa violence lorsqu'elle  provoque des morts et fait grossir les fleuves au point d'envahir les maisons, les lieux de travail, les routes et les champs … Une tragédie pour certains !


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Il y a quelques temps, chez Masyl, je découvrais cet haïku de Bashô, avec un mélange de joie et d'interrogation. Un moment, Je suis restée à le tourner et le retourner dans mon esprit.

 

Les pétales de la rose jaune

 

est-ce qu'ils frémissent et tombent

au bruit de l'eau bondissante ?

~°Bashô°~

 

 

Je ne sais pourquoi ces trois vers, très courts, m'ont émue longtemps. Un frémissement, de l'eau bondissante, des pétales qui tombent, ou ne tombent pas, on ne sait … Et cette rose particulière, cette rose jaune, qui suscite une question qui pourrait bien ne pas avoir de réponse, ou alors sept milliards de réponses toutes différentes. Car, enfin, il y va de notre sensibilité à chacun. Chez Masyl, l'autre jour, j'ai commenté d'une façon  qui m'a surprise après coup :

 

 

"Un haïku un peu énigmatique, mais comme je les aime. Parfois nous frémissons intérieurement devant les manifestations de la vie, mais comme nous sommes des êtres raisonnables, nous reprenons vite le dessus. La rose, symboliquement, n'étant qu'amour et sensibilité, le frémissement, de joie, d'étonnement, d'émerveillement, pourrait lui faire perdre des pétales. Bon, c'est mon regard sur ce haïku, mais j'y vois une invitation à perdre un peu de notre carapace et de nos pseudos solidités."

Aujourd'hui, j'imagine que le poète marchait vers un torrent. Le bruit de l'eau bondissante est parvenu à ses oreilles avant qu'il ne l'aperçoive. Et, de joie, un frémissement  l'a secoué intérieurement, une vieille raideur l'a peut-être abandonné. Instant de plénitude, si on y songe, mais comment traduire cela de façon simple et originale, légère et durable ? En posant peut-être une question à propos de cette rose jaune qu'il a vue auparavant sur le chemin ? Une question bien sûr sans réponse, mais qui amènerait à goûter longtemps en soi ce frémissement …

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Et vous, qu'en pensez-vous ?