Correspondances
"Tourné vers demain, le poète s'il ne veut pas se perdre préfère encore la canne blanche au Bottin mondain."
Valence Rouzaud, "Correspondances"*
Cinquante-huit lettres comme plusieurs poignées de petits cailloux jetés pendant douze ans sur le chemin. A raison de trois à sept ou huit par an. Valence Rouzaud a donc choisi le style épistolaire, dans ce recueil, pour nous entrainer dans son univers poétique, dans "son usine à rêves au fond des bois".
"Mille vies à celui qui possède un crayon."VR
Dans la foulée de "L'Or des chambres", devenue "L'Or rouge" - qui s'exclamait début avril : "Un recueil de poésie qui m'a vraiment touchée. Une voix comme je les aime"- j'étais prête à le suivre ce "général sans armée" qui "a pour le soleil le silence" et qui "préfère s'évader en retrouvant l'enfance." J'étais prête à m'insurger avec lui contre ces "éditeurs patentés qui font la pluie et le beau temps" et ne proposent à notre époque que des images mâchées qui ne font plus rêver personne.
Cependant, au fil des pages, l'amertume (presque) diluvienne du poète m'a éloignée de ses pensées et de son "tête-à tête avec demain", par trop opaque, lourd et empreint du besoin inconsolable d'être reconnu et apprécié à sa juste mesure.
Parfois une lumière, l'épuisette d'un pêcheur à la ligne, ou le grelottement des anges m'ont fait vibrer, tout comme ce cri :" … à moi l'imaginaire qui est un trou perdu dans le fond du cerveau d'un enfant."
Pourtant, rapidement, la plainte lancinante de l'homme désabusé et verbeux reprenait le dessus. J'avoue que cela m'a souvent pris la tête. Avais-je bien compris ? Suis-je inculte ou dans une autre bulle ?… Possible, mais ces "Correspondances" avec leur poids de révolte, de causticité et d'amour sans retour, me semblent, à vrai dire, destinées à certains plus qu'à d'autres.
Dans six mois, dans un an, ou peut-être plus, après avoir lu et goûté d'autres poètes contemporains, je reviendrai tenter de trouver un chemin parmi ces petits cailloux étranges et pleins d'aspérités. Qui sait ? J'y trouverai peut-être alors une blessure offerte, devenue nourriture pour celui, celle, qui cherche des voies aussi exigeantes que personnelles. D'ailleurs, ici, Asphodèle, et là, Mélusine, expriment des avis beaucoup plus élogieux que le mien.
"Choisir un mot, l'aimer passionnément, retrouver son essence et le relier à d'autres ; voilà mon travail, mon apothéose."VR
Que vous dire d'autre, si ce n'est que Valence Rouzaud, dans son souci du détail et sa poésie du geste, corrige au Blanco et au stylo les recueils envoyés gracieusement par la poste et qu'il les dédicace de son écriture large et raffinée, avec des majuscules à l'ancienne. Touchant ! Vous l'aurez deviné, cet homme est un nostalgique des grands poètes du passé …
Pour l'envoi de ces "Correspondances"
et pour la réflexion qu'elles suscitent,
Merci au poète.
* Editions Thierry Sajat
Commentaires
Rien ne remplacera les mots posés sur le papier.
Aujourd’hui, tout est disponible sur Internet mais ca n’a pas la même saveur ;)
“Mille vies à celui qui possède un crayon.”
Joli ! Je retiens.
Pourquoi ou par quel hasard choisit-on un mot plutôt qu’un autre?…
Pourquoi ou par quel hasard une suite de mots venus de nulle part se retrouve en magiques phrases?…
Douce semaine Lily…
Moi je suis une révoltée alors ça me convenait plutôt ;0) D’ailleurs ça me fait penser que je n’ai toujours pas parlé de ce livre, faut que je m’y mette :0)ça m’a touché moi aussi, ces petites corrections au stylo et sa dédicace… Bises Lily
Avoir pour soleil le silence est en effet très attirant…mais si des nuages brouillent pour toi le message, mieux vaut attendre qu’une éclaircie se fasse!
Cela m’arrive parfois avec certains poètes…j’abandonne…souvent quelques temps après ils me retendent leurs mots.
Belle soirée Lily, merci.
Ça semble vraiment bien cette correspondance. Un livre doudou. :) Tu en parles si bien!
Au risque de me répéter : j’apprécie beaucoup ton avis honnête, lorsqu’une lecture ne t’a pas ravie. Ton blogue ne s’appelle pas pour rien “La soupe aux cailloux” ! ;-)
Cela semble intéressant. Je comprends que vous ayez eu des difficultés avec l’amertume de l’auteur. Moi-même je suis tout à l’opposé de cela. Je ne sais pas si je trouverai ce livre que j’ai envie de lire.
Bon dimanche.
Je suis d’un naturel plutôt optimiste, même quand tout va mal, j’essaie de rebondir, donc l’amertume du poète…
Bonne semaine :-)