Cheminer avec Fils Cadet
Le jour de Noël, Fils Cadet aura vingt ans.
Bien entouré, à quinze heure trente, pile poil, en soufflant les deux dizaines de bougies installées sur la buche, il éprouvera certainement un vrai bonheur. Ses parents aussi, profondément. Pourtant depuis vingt ans, quel chemin tortueux parcouru en famille aux côtés de ce fils, handicapé par une forme d'autiste léger et cependant intelligent !
Retour dans la petite enfance : C’est à dix-sept mois et demi seulement que Fils Cadet se risque à marcher… « Un peu plus lent que la moyenne, reconnait le pédiatre, mais rien d’alarmant ». À deux ans et demi, par contre, le petit chameau « se sauve », s’échappe sans arrêt. En vacances dans un camping en Dordogne, ses parents doivent constamment courir après le coquin : il cherche régulièrement à traverser la route, pour se rentre dans la cour d’accueil du V.V.F. en face. Dans les rues, sans relâche, il tire le bras de l'adulte qui l'accompagne à droite ou à gauche. Sur la plage du Lac de Maine, aux alentours d'Angers, le dimanche, il part sans crier gare, droit devant lui, comme pour en faire le tour. Course des parents, retour à l'emplacement familial, et seulement trois minutes de repos ... Le gamin, d'un pas décidé, part à nouveau !... Si jeune, cet enfant se montre épuisant et les sorties avec lui deviennent infernales. Pour arriver à surveiller Fils Cadet, son père dépense beaucoup d’énergie. Des trésors d'énergie ! Quant à sa mère, elle éprouve fatigue et tristesse mêlées à une affection réelle et profonde.
Vers trois ans, première grosse colère durant un bon quart d’heure. Le p'tit gars vient de voir deux dessins animés et son père estime que c’est suffisant. Il le prévient et éteint la télévision. Fils Cadet, tout aussitôt, se met à hurler très fort, comme une personne qui aurait subi une énorme injustice, éprouve un chagrin profond et violent. Impressionnant !!! Que peut-il se passer dans la tête de ce petit bonhomme, choyé par ailleurs ?...
La seconde colère, plus inattendue celle-là, démarre vers la même période au bas de notre immeuble, devant la porte, précisément. Nous avons fait, lui et moi, des courses au supermarché et rentrons avec quelques cabas. Je les pose sur le palier pour ouvrir et alors que je mets la main sur la poignée, Fils Cadet me la pousse brutalement car il veut ouvrir lui-même. Je lui dit en souriant « D’accord, tu essaies, mais c’est dur. Il faut tourner et pousser en même temps. » Fils Cadet n’en a que faire, il a décidé que ce serait lui qui ouvrirait ! Je lui explique à nouveau : « C’est difficile P'tit bout, il est normal que
tu n’y arrives pas ! » À nouveau, il refuse d'entendre et s’entête. Plusieurs minutes durant. J’attends patiemment qu’il abandonne, mais au lieu de ça, subitement de son corps jaillissent des hurlements, violents et profonds, comme s'il ne pouvait accepter sa déception. Je suis obligé de trainer mon fils, toujours hurlant, dans les escaliers, interloquée par une peine si surprenante et si profonde.
À nouveau, il faudra à notre petit garçon un long temps pour se calmer, malgré mes paroles douces et mes pauvres câlins.
Même s'il ne lira pas cette page, parce qu'il ne s'intéresse pas à "La soupe au caillou", je souhaite à Fils Cadet d'avancer de plus en plus dans la confiance et la joie. Je lui souhaite aussi de trouver un travail où il se sente utile et heureux avec les autres, tel qu'il est.
Commentaires
...on cherche ses mots...et on trouve "sympathie": on partage la souffance...formule mensongère...on ne peut pas partager la souffrance!... Elle est en toi, elle est en lui! Les mots sont faibles . Mais on peut lui souhaiter, comme tu le fais, d'avancer de plus en plus dans la confiance et dans la joie. Et aussi qu'il trouve sa place dans la société, qu'il s'y fasse sa place et qu'il se sente utile
et heureux!
Il se sent tout maladroit, Robinson, lui qui affirme que les mots donnent du pouvoir, ben, ce soir, il se sent faiblard!
Merci, Lily, de cette confiance que tu nous montres...Si nos pauvres mots pouvaient t'aider!
Et aider Fils Cadet à qui je souhaite un bon anniversaire! Et à la famille je souhaite un joyeux Noël
Je t'embrasse affectueusement, Lily!
Bonsoir,
Je trouvais beaucoup de sensibiltés dans ton blog. Cela m'a plu. Et là, je découvre ce billet émouvant. Et je comprends mieux. J'accompagne des étoiles différentes. Souffrant de déficiences, de TED, d'autisme. Alors tes mots me touchent et me parlent, car même si je suis de l'autre côté de "barrière", je connais la grande volonté des parents. Leur force, leur courage, leur humilité, leur persévérance, leur amour pour leur enfant. je vous admire vous parents.
Je te souhaite à toi et à lui, le meilleur. Et passez ensembles de douces fêtes de fin d'année...
Mauve
ps: merci pour com' en terre mauve, cela m'a flatté!.
Bonjour Lilly,
je repassais par ici voir si la soupe est toujours bonne et fumante. Ben Oui !
Quelle coïncidence de lire ce billet au moment où j'ai retrouvé une ancienne amie, perdue de vue depuis 13 ans. Joie de se (re)parler au téléphone - comme si on s'étaient quittées hier - et grande émotion d'apprendre que son petit ( 5 ans ) et unique enfant, est "comme" ton Fils Cadet. Un long cheminement devant elle, tu le sais...
Bonnes vacances !
Lôlà
Chère Lily,
C'est une grande marque de confiance que tu nous fais là en te livrant un peu plus sur qqch qui est très personnel... Merci...
Je souhaite à fils cadet de continuer d'avancer sur son chemin, à son rythme. Il sait certainement qu'il a autour de lui des parents et des amis aimants...
A toi Lily, je souhaite de cheminer à ses côtés pour lui ouvrir la route comme tu l'as fait jusqu'à maintenant....
Un bon anniversaire à lui...
Je t'embrasse
Je n'aurais pas, et d'ailleurs je n'ai pas, réagi aussi calmement aux échappées et aux colères. J'ai crié, hurlé, frappé pour qu'il soit comme les Autres ... Toi et ton mari, vous semblez avoir réagi de manière irréprochable, malgré le désœuvrement parfois.
Je me souviens de ta joie quand il a obtenu son permis de conduire. Je souhaite qu'il y ait plein d'autres réussites, un travail agréable et stimulant ?!
Je suis émue, Lily.
Au fond de moi il y a une toute petite voix, qui me chuchote que j'aurais peut être un enfant plus difficile que je ne le crois (je n'ai pas encore d'enfants). Je me demande souvent si j'en serais digne, capable de faire grandir un enfant que je ne comprendrais pas bien. A mon sens, il faut être préparé à tout pour aimer l'enfant quel qu'il soit.
Ton billet me rassure et m'émeut.
Lily, j'aime croire au hasard des rencontres, même lorsqu'elles sont virtuelles. Ces quelques lignes me ramènent à mon fils cadet, qui lui aussi vient de fêter 20 ans. Qui lui ne connait pas l'autisme (même si j'y ai pensé fortement lorsqu'il était tout petit) mais l'hyperactivité (autre handicap méconnu). On en parlera ensemble si tu veux bien. J'ai toujours eu le sentiment de n'avoir pas "fait tout bien"... Passe de belles fêtes de Noel. Je les espère tendres et sereines.
Ah Lily, je trouvais (trouve) tellement de sensibilité, tellement d'émotion dans tes billets et dans tes interventions, sur mon blog... Moi aussi comme il l'a été dit par une de tes lectrices, je suis "de l'autre côté" de la barrière. Dans mon métier, si divers, j'ai choisi de m'occuper préférentiellement de ces particularités-là, si méconnues, si injustement traitées par les professionnels, il y a fort peu de temps et... encore actuellement.
Et comme Ariane, l'idée m'a traversée aussi pour l'un de mes enfants. Je me souviens avoir lu le livre "Le syndrome d'Asperger" il y a quelques années, d'avoir lu la description qu'en fait Tony Atwood. J'ai eu la sensation d'un coup de couteau dans le ventre et j'ai "reconnu"...
Tout est possible pour "Fils Cadet" à qui je souhaite beaucoup de bonheur.
(dans le diaporama de mes lectures, sur mon blog, peut-être auras-tu remarqué "je suis né un jour bleu", livre plein d'espoir).
Je t'embrasse Lily. Très joyeux Noël, et bon anniversaire à ton fils.
que c'est difficile d'être parents
votre fils a marché à 17 mois
mon 3eme a eu 20 mois
il se lâche un peu mais marche pas encore vraiment
je m'en suis inquiétée auprès de mon médecin
qui m'a dit que pour l'instant rien encore d'alarmant
moi je n'arrive pas à ne pas m'inquiéter
normal c'est mon enfant
pour courir partout et dans tous les sens j'ai mon 2eme, alors je comprend à quel point cela peut être fatigant
avec un peu de retard bon anniversaire à votre fils
J'ai lu très attentivement et, encore une fois, ton texte est assez bouleversant. La vie est bien difficile parfois et il faut toujours s'accrocher. Pour pleins de raisons différentes c'est difficile et on pense faire bien et on culpabilise, mais pourtant on fait bien ! que c'est dur. Tu m'as encore une fois émue et pas aisé de pouvoir raconter les choses de notre vie, mais le blog peut justement aider par l'écriture. Je souhaite à fils cadet un bon anniversaire et encore du courage pour toi et tes proches. Merci aussi de tes coms sur mon blog. Amitiés.
Bonsoir, Bon anniversaire pour ton fils, à qui je ne connaissais pas de problème de santé. On n'en avait pas parlé. J'admire votre courage, votre disponibilité pour lui et votre amour.
Quel texte émouvant et plein de pudeur...
J'espère que ce jeune homme de 20 ans éprouvera, à l'avenir, moins de difficultés à ouvrir les lourdes portes.
Je t'embrasse affectueusement.
Que d'émotions à te lire et plus de mots ! Pas facile la vie pour qui sort des limites, jongle avec la "norme" ! D'ailleurs c'est quoi la norme ?
Je t'embrasse Lily
Je suis très touchée
Ces enfants sont intelligents et sensibles,(même ceux qui n’arrivent pas à parler)… on n’a pas encore vraiment compris ce qui les rend différents et avec tant de difficultés relationnelles
Merci pour ton témoignage