Retour dans la petite enfance : C’est à dix-sept mois et demi seulement que Fils Cadet se risque à marcher… « Un peu plus lent que la moyenne, reconnait le pédiatre, mais rien d’alarmant ». À deux ans et demi, par contre, le petit chameau « se sauve », s’échappe sans arrêt. En vacances dans un camping en Dordogne, ses parents doivent constamment courir après le coquin : il cherche régulièrement à traverser la route, pour se rentre dans la cour d’accueil du V.V.F. en face. Dans les rues, sans relâche, il tire le bras de l'adulte qui l'accompagne à droite ou à gauche. Sur la plage du Lac de Maine, aux alentours d'Angers, le dimanche, il part sans crier gare, droit devant lui, comme pour en faire le tour. Course des parents, retour à l'emplacement familial, et seulement trois minutes de repos ... Le gamin, d'un pas décidé, part à nouveau !... Si jeune, cet enfant se montre épuisant et les sorties avec lui deviennent infernales. Pour arriver à surveiller Fils Cadet, son père dépense beaucoup d’énergie. Des trésors d'énergie ! Quant à sa mère, elle éprouve fatigue et tristesse mêlées à une affection réelle et profonde.

Vers trois ans, première grosse colère durant un bon quart d’heure. Le p'tit gars vient de voir deux dessins animés et son père estime que c’est suffisant. Il le prévient et éteint la télévision. Fils Cadet, tout aussitôt, se met à hurler très fort, comme une personne qui aurait subi une énorme injustice, éprouve un chagrin profond et violent. Impressionnant !!! Que peut-il se passer dans la tête de ce petit bonhomme, choyé par ailleurs ?...

La seconde colère, plus inattendue celle-là, démarre vers la même période au bas de notre immeuble, devant la porte, précisément. Nous avons fait, lui et moi, des courses au supermarché et rentrons avec quelques cabas. Je les pose sur le palier pour ouvrir et alors que je mets la main sur la poignée, Fils Cadet me la pousse brutalement car il veut ouvrir lui-même. Je lui dit en souriant « D’accord, tu essaies, mais c’est dur. Il faut tourner et pousser en même temps. » Fils Cadet n’en a que faire, il a décidé que ce serait lui qui ouvrirait ! Je lui explique à nouveau : « C’est difficile P'tit bout, il est normal que tu n’y arrives pas ! » À nouveau, il refuse d'entendre et s’entête. Plusieurs minutes durant. J’attends patiemment qu’il abandonne, mais au lieu de ça, subitement de son corps jaillissent des hurlements, violents et profonds, comme s'il ne pouvait accepter sa déception. Je suis obligé de trainer mon fils, toujours hurlant, dans les escaliers, interloquée par une peine si surprenante et si profonde.
À nouveau, il faudra à notre petit garçon un long temps pour se calmer, malgré mes paroles douces et mes pauvres câlins.

Même s'il ne lira pas cette page, parce qu'il ne s'intéresse pas à "La soupe au caillou", je souhaite à Fils Cadet d'avancer de plus en plus dans la confiance et la joie. Je lui souhaite aussi de trouver un travail où il se sente utile et heureux avec les autres, tel qu'il est.