Comment être soi sans toit ?
Difficile, lorsque nous sommes accompagnés de nos propres rejetons, de répondre à leurs questions, face aux personnes de plus en plus nombreuses assises sur le trottoir, nous saluant d'un "Bonjour Madame, bonjour Monsieur !" accompagné d'un sourire. Sourire qui s'affiche au milieu d'un visage souvent las, mais tout de même beau.
Lily, pour sa part, répond en général à la salutation en croisant le regard de la personne qui sollicite son attention et de l'argent, mais elle ne va pas plus loin dans la relation. Elle ne sait pas vraiment quoi dire. Elle aimerait juste proposer : "Venez, je connais un endroit où vous serez accueilli(e)s et pourrez vous reposer, parler à quelqu'un si vous le voulez …" Mais elle sait que la situation est souvent complexe et que les bons sentiments ne suffisent pas.
Pourtant, nous ne pouvons pas continuer à vivre comme si de rien n'était. Il est important de parler de tous ceux et celles qui ont froid, qui à force de ne plus avoir de toit, risquent de finir par ne plus avoir de moi …
Voici un poème plus évocateur qu'un long discours, à propos de ceux qui sont dans la plus grande détresse :
Le vieil homme et le chien
(Conte des temps modernes)
Transparent au regard des passants trop pressés,
Un vieil homme est assis, transi et affamé,
Sous un porche à l’abri des frimas de janvier.
Il implore un sourire, une pièce de monnaie.
Passe un chien dans la rue, un chien de pedigree,
Une voiture suit, heurte le canidé.
Aussitôt extirpés de leurs logis douillets
Accourent de partout des bourgeois empressés.
« Ne le laissez pas là, amenez-le chez moi
J’ai une couverture afin qu’il n’ait pas froid ! »
Quelques instants après, l’animal est pansé,
Dorloté, réchauffé, maintes fois caressé.
Au dehors dans la rue le silence est tombé
Tout le monde est rentré, a fermé ses volets.
Sous son porche à l’abri des frimas de janvier
Le vieil homme soudain s’est mis à aboyer.
Daniel Boy
Dans "Des rimes et des rames"
Éditions de la voûte
photo : stephenleopold
Cette photo a une histoire, que vous pouvez découvrir ici …
Et en lien avec de nombreux blogs :
Nous rappelons au Président de la République la promesse qu'il a fait lors d'un discours le 18/12/2006 :
"Je veux, si je suis élu président de la république, que d'ici à deux ans, plus personne ne soit obligé de dormir sur le trottoir et d'y mourir de froid. Parce que le droit à l'hébergement, je vais vous le dire, c'est une obligation humaine. Mes chers amis, comprenez-le bien : si on n'est plus choqués quand quelqu'un n'a pas de toit lorsqu'il fait froid et qu'il est obligé de dormir dehors, c'est tout l'équilibre de la société où vous voulez que vos enfants vivent en paix qui s'en trouvera remis en cause."
Commentaires
je ne veux pas être le vilain petit canard et ne crois pas que je prenne la défense de Nicolas 1er ! mais il a dit "que personne ne soit obligé" et ça change tout. Ca le dispense de toute "obligation" lui même et c'est bien plus confortable pour répondre que si les gens meurent de froid dans la rue, c'est parce qu'ils ne veulent pas aller dans les centres d'hébergement. Il aurait dû s'engager peut etre sur : plus de centres d'hébergement, plus de respect de l'autre dans ces centres, plus de chaleur humaine. La aussi, je ne critique pas les gens qui travaillent dans ces centres, ils ont tant à faire et à gérer. Mais s'ils étaient plus nombreux moins bénévoles ... Un homme accompagné de son chien est refusé sauf s'il entre sans le chien. Mais ce chien, il est d'une importance vitale pour cette homme. C'est son seul compagnon. Il y a tant à dire, tant à faire ... Et je m'apperçois que mon commentaire est lui aussi bien inutile et "mal dit"
Bonne journée Lily
Bonjour, je voulais t'annoncer que je viens juste de créer une communauté intitulée : Douceur angevine.
Alors si tu as envie d'aller voir et pourquoi pas t'inscrire, ce serait un grand plaisir de t'accueillir.
Bisous.
J'aime lorsqu'on me ramène à la réalité, comme tu le signes dans ce billet!. Surtout ne pas baisser les yeux. L'indifference est pire que tout. Considérer l'autre, le regarder, et tendre comme on le peut une main, un sourire, un regard, un geste.
MERCI
Je t'embrasse
Mauve
Oui, il ya beaucoup à dire sur tout cela, j'aime mieux me taire...merci de tes mots gentils lily sous mes stats, t'es adorable...bonne soirée...
Le poème est beau, mais ta façon de l'amener pose bien le problème!
Non, ariane, ton com n'est pas inutile, ni mal dit!
Si on voit ces hommes ou ces femmes avec leur chien, on se sent gêné... On aimerait faire plus, on sait ce qu'il faudrait, mais on sait que la solution ne dépend pas de nous! On se sent impuissant, comme face au désastre d'Haïti!
Mais plus nous serons nombreux à en parler, plus on pourra rêver de solutions!
Je t'embrasse, Lily...et ariane aussi, si elle m'y autorise!...
Robinson merci d'avoir lu entre les mots (c'est encore plus compliqué qu'entre les lignes). On peut tous faire quelque chose, même peu. Juste se comporter en humain. Comme disait Montaigne et pour répondre à Nicolas 1er à propos aussi de l'identité nationale : on est français par hasard, on est humain par nature (Montaigne : ça date pas d'hier)
Je t'embrasse aussi Robinson (si tu m'y autorise ;-))
Comme ton message est d'actualité, Lily, avec toute cette détresse en Haïti, et comme ce poème est malheureusement juste... Je n'ai pas ton courage, je détourne souvent le regard quand je croise des sans-abris, je me sens désarmée et impuissante... Et je l'avoue aussi, j'ai parfois du mal à admettre et ça me gène que des jeunes de 18/20 ans basculent et puissent ainsi se retrouver dans la rue, ça n'est pas évident à comprendre quand on est dans une petite bulle dorée.
Ce poême est touchant,dure... comme l'est la réalité...
Comme toi Lily je souris toujours en regardant la personne droit dans les yeux. Je serais incapable de faire comme si je ne l'avais pas vue... Mais à part cela je ne suis pas très utile... (est ce que tu crois encore en ce que les hommes politiques racontent ???)
Je l'avais déjà vue cette photo ... mais j'admire la façon dont tu nous la transmets. Tu sais que je suis souvent (pour ne pas dire toujours ... ce qui aurait un peu l'air trop définitif) touchée par tes mots ... Là encore tu fais mouche ! Peut-on encore attendre de nos politiques qu'ils se "penchent" sur nos vies, LA vie, LE désespoir ... bref, qu'ils daignent s'intéresser à nous ... à eux ... à tous ?
c'est sur qu'il est difficile de faire face à cette détresse humaine
à ces hommes ou femmes qui n'ont plus que pour seul "ami","compagnon" un chien
c'est en voyant cela qu'on réalise qu'on a de la chance
bien souvent pour nous avoir un toit sur la tête c'est normal
pour ces personnes c'est différent
quand on voit le nombre de logements laissés vides
personnellement je comprends pas
pourquoi ne pas y loger ces personnes en détresse
C'est toujours difficile d'expliquer comment tourne le monde aux enfants. La misère, la maladie, la mort, la méchanceté, tout ça, c'est tout ce dont on les protège et pourtant... pourtant, un jour ou l'autre, ils s'y retrouvent confrontés. Il ne fat pas banaliser, il faut expliquer, mettre des mots dessus, je crois. C'est en tout cas, ce que je fais avec mes enfants.
Je passe vite fait ce matin, te faire la bise du samedi, et te souhaiter une bonne journée, et te remercier aussi des gentils commentaires que tu déposes chez moi, j'apprécie bien, oui...bisous tout plein tite lily...
Ce poème je le connais. Mon fils le plus jeune l'a appris en CM2. Je m'en souvenais car à l'époque je l'avais trouvé très touchant et tellement vrai.
Très bien le rappel du discours de Nicolas. Effectivement rien n'a été modifié, ce ne sont que des mots ! Hélas ! Il y a tant à faire ! Ces personnes ne sont pas par hasard dans la rue. Souvent elles n'arrivent pas à s'intégrer dans notre système éducatif, social et se retrouvent en marge. Beaucoup de sans abris sont psychotiques, mais pas malades pour vivre en hôpital psychiatrique. Il manque des structures en amont pour ces personnes. Et puis un peu plus de tolérance, d'écoute permettrait d'accepter que des humains ne soient pas "productifs", soient différents.
L'équilibre de la société ! Je crois bien qu'on s'en éloigne...
Je crois bien que je vais soumettre ce poême à l'institutrice de la grande et fournir ainsi aux enfants l'occasion d'un travail en groupe sur ce sujet. Merci.