Les poireaux, dans le jardin, l'hiver
S'il est un légume roi de la soupe en hiver, c'est bien le poireau ! Cette plante potagère, issue d'une variété d'ail originaire du Proche-Orient supporte effectivement bien les grands froids. Mais aussi la chaleur, puisque certains livres d'histoire nous révèlent que le pharaon Khéops offrait des bottes de poireaux pour récompenser ses meilleurs guerriers. C'est dire la richesse de cette plante, pourtant mal aimée des enfants !
À Bois-Mignon, autrefois, le samedi était le jour du pot-au-feu. Lily se souvient qu'il mijotait une partie de l'après-midi dans un grand faitout en répandant sa bonne odeur dans la pièce. Le soir à table, le poireau et les autres légumes fondaient sous le palais et avec un morceau de bœuf, c'était un régal ! Le lendemain midi, les restes étaient accommodés en vinaigrette, puis jusqu'au mercredi le bouillon était puisé dans le faitout pour une soupe de vermicelle encore pleine de saveur.
Mais les brins de poireaux, avant de les déguster ainsi, il fallait aller les arracher dans le jardin. Son Pépé prenait alors ses gants de laine, ses sabots en caoutchouc et sa pelle ou sa fourche pour aller creuser la terre qui, certains jours, était très dure. Deux à trois fois il plantait son outil dans le sol avant qu'il veuille bien s'enfoncer dans un petit crissement, en laissant apparaitre une belle tranche de terre compacte et bien lisse ou alors un éboulement de mottes. Un jour Lily a souhaité essayer, elle aussi, de creuser pour le plaisir de voir jaillir le poireau au bout de la fourche. Son Pépé est parti d'un grand éclat de rire :
- Mais tu n'y arriveras jamais ! C'est beaucoup trop dur pour toi !!! Si tu veux aider, tu pourras le laver, le poireau ...
- Oui, mais je voudrais essayer quand même de creuser la terre, je trouve ça rigolo !...
Elle a essayé, mais pas bien longtemps. Ses efforts n'avaient absolument aucun effet et le froid gagnait. Que c'est dur la terre, surtout en plein hiver !
Quand les poireaux étaient arrachés, il fallait bien secouer la botte sur le rebord d'un baquet, pour faire dégringoler toute la terre accrochée aux racines. Et en entrant dans la maison, il fallait aussi bien secouer et frotter ses pieds sur le paillasson, pour la même raison. Lily se précipitait ensuite devant la cuisinière à bois et charbon pour se réchauffer. Pépé Nicolas, lui, allongeait ses bras devant son torse, puis les croisait pour se taper vigoureusement sur les épaules en alternant les bras dessus et dessous. C'était un très beau geste de paysan, de cultivateur.
Campée devant l'évier en maçonnerie, la gamine coupait les racines puis fendait le corps allongé des poireaux pour
déloger d'entre les feuilles petites limaces, escargots minuscules et transparents ou encore perce-oreilles qui avaient trouvé là leur refuge. Ensuite, elle laissait couler l'eau froide dans une cuvette, puis y plongeait ses légumes d'un beau vert soutenu et tendre. Au fur et à mesure du nettoyage minutieux, ses mains s'engourdissaient de froid et à la fin, elle ne les sentait plus du tout. Oh, la douloureuse sensation ! Elle secouait bien vite les bras, les poignets pour faire revenir la vie dans ses doigts pétrifiés, mais une longue plainte sortait de sa bouche. Vite, pour tenter de se réchauffer, elle ouvrait alors la porte du four de la cuisinière, mais le contraste lui était encore plus pénible. Des larmes jaillissaient parfois. Petit à petit, elle a compris qu'il fallait mettre un peu d'eau à tiédir auparavant et ensuite y tremper doucement le bout de ses doigts puis ses mains .
Râhh, la douce sensation quand la vie reprend petit à petit dans une partie gelée de son corps !
Ces souvenirs, c'est aujourd'hui pour elle un bonheur de les raconter. Elle l'a fait maintes fois avec ses enfants en ajoutant : "Autrefois, ce que l'on mettait dans notre estomac avait une histoire. Quand on mangeait le poireau, on savait exactement d'où il venait et le travail nécessaire pour le préparer. Cela nous créait des souvenirs, certainement plus que d'ouvrir systématiquement une brique ou un sachet."
Et les souvenirs, n'est-ce pas ce qui aide souvent à cultiver la joie de vivre au quotidien ?! Vous pouvez, pour ce soir, vous mitonner un bon petit pot-au-feu des familles, avec par exemple la recette d' ici.
Dans ce jardin si petit,
je sèmerai du persil, des radis,
des salsifis, des soucis.
Dans ce jardin très très long,
je sèmerai des oignons, des potirons,
des melons, des pois tout ronds.
Dans ce jardin toujours beau,
je sèmerai des poireaux, des haricots,
et aussi des coquelicots !
Bon après-midi et bonne soirée, bien au chaud ! Les enfants de 9-12 ans pourront lire avec plaisir l'excellent auteur, Christian Grenier, dans : "La guerre des poireaux". Succès garanti !
Extrait : "Quand je serai Président de la République, j'interdirai la culture des poireaux en France !" Voilà comment est né "La guerre des poireaux"...
Mais les poireaux n'ont pas dit leur dernier mot ...
Commentaires
J'ai un très mauvais souvenir d'enfance lié au poireaux depuis je ne peux plus en manger (dans une soupe ça passe), j'étais dans un centre où on m'a forcée à en manger... Alors évidemment... Ton souvenir est bien plus beau que le mien !!!
Merci d'être passé sur mon blog, je viens de découvrir le tien, il est magnifique et très original. J'aime beaucoup tes histoires et tes textes. Je reviendrai c'est sur !!!
Lily, si un jour tu fais un gratin de poireaux, fais moi signe, je porterai du rosé, et tu verras, je me tiens très bien à table, si !
ps : j'ai décroché le nours, il est sec, et dort dans mon lit le bougre...bise, bon dimanche...
Encore une histoire superbement racontée qui m'évoque aussi des souvenirs. Les poireaux je ne les aimais pas étant enfant. J'ai appris à les savourer peu à peu en grandissant. Mais je ne pourrai jamais les déguster avec une sauce béchamel. J'ai haï ce plat que l'on me forçait à manger.
Je ne me lasse pas de tes histoires en revanche ! Bonne semaine Lily
pour le faire passer en douceur, je le fais au jambon comme les endives. Avantage : il y a peu de chance de tomber sur un poireau amer.
amitiés Kinia
A la maison, je n'arrive vraiment pas à le faire manger aux enfants; et c'est bien dommage, j'adore ça!
il faut réhabiliter le poireau!!! j'adore ça mais curieusement je n'arrive pas à transmettre ma passion à mes enfants...peut-être qu'avec ton histoire ça marcherait mieux...
Est-ce que je peux te "piquer" le poème...?..nous menons un projet autour des jardins avec la ville et une association...je pense créer un jardin musical...ton poème me plaît bien!! Pour ce qui est ds poireaux...les miens sont pleins de petits vers cette année, ils ont beau résister à la neige...ils sont mangés de l'intérieur, les pauvres!
Vers 18 heures, je lisais tes souvenirs de la récolte des poireaux ... J'ai les mêmes souvenirs mais tu racontes si bien...Et je salivais devant le pot-au-feu!...pour nous, il faut peut-être attendre avant d'en manger!...En ce moment, c'est plutôt pot-au-feu...sans le boeuf! On a trouvé un morceau qui va bien dans le pot-au-feu, le bourguignon, le boeuf-carottes: la joue de boeuf! On n'en trouve pas toujours, dommage: ça fond dans la bouche!...et dans l'utilisation des restes, il y a aussi le hachis parmentier (attention: c'est un gros mot dans la famille, comme les tomates farcies!) et le boeuf miroton (là, j'ai un doute sur l'orthogaphe!)!
Si tu peux passer chez moi demain...tu (ne) seras (pas) surprise!
Bonne soirée, Lily, et amicales bises!
Si bien conté, si bien goûté ce partage d'enfance ! hum ! j'adore les poireaux ; ils sont si jolis quand ils pointent leur vert sous la neige, bravant les rigueurs de l'hiver, les pieds bien au chaud sous leurs buttes de terre ; mais butte-t-on encore les poireaux ? tes douceurs d'enfance m'évoquent de merveilleux souvenirs. Amitiés Lily
s'il y a bien un légume que j'apprécie beaucoup
c'est celui-là :
en tarte, en soupe, en vinaigrette,
je loupe jamais une occasion de manger du poireau
dimanche dernier j'ai cuisiné une poule au pot
je n'ai surtout pas oublié d'en mettre