Si la blogueuse provençale, au Cabanon, n'hésite pas à écrire qu'elle est amoureuse de sa clématite, (allez donc voir la petite merveille !) Lily, elle, est amoureuse de ses pivoines !

Retour sur les dernières années écoulées… Elle se réjouissait souvent, au mois de mai, de voir les boutons se gorger de vie, gonfler comme d'énormes fruits, puis se fendre. Elle attendait l'éclosion avec impatience et en parlait avec une sorte de gourmandise. Et… Pfff ! Au moment tant attendu, la lourdeur des têtes faisait choir et se courber irrémédiablement  les tiges trop fragiles vers la terre. Ou alors le vent, la pluie, saccageaient tout en très peu de temps !… Oh, comment dire la déception, si fréquente ? Sensation d'avoir été privée, à l'improviste d'un bonheur tellement important et presque indispensable…

"Un chant se cache en chacun de nous,
dont la seule mesure est plénitude.
Il dort au milieu de soi comme un feu."
Jacques Gauthier

En remontant plus avant, au temps de son enfance, elle se souvient combien Pépé Nicolas était rentré, un soir, tout heureux de la foire d'Angoulême. Il avait acheté des pivoines, aussitôt installées en terre, dans le parterre triangulaire où trônait la poniche et son magnifique fuchsia. C'étaient des pivoines rose, ou peut-être rouges, car son cousin lui avait soufflé : "Avec ça, tu vas devenir rouge comme une pivoine !"  Juste à côté s'épanouissait un camélia  blanc. Comme Pépé bichonnait particulièrement les dernières arrivées dans son parterre, il avait lancé à Alice :
"Tu comprends, quand je les ai vues, je n'ai pas pu m'empêcher de les acheter. J'ai aussitôt pensé à Pivoine, tu te souviens ?
- Ah, si je me souviens, "Pivoine", de Pearl Buck ! Quel roman ! T'as bien fait de les acheter ! Oui, moi aussi, j'ai beaucoup aimé Pivoine. Et les fleurs sont superbes à côté du camélia." 
Pépé, cet hollandais si bourru, aimait les fleurs, belles et opulentes, roses, camélias, pivoines et bien d'autres encore … Des souvenirs qui prennent de la valeur aujourd'hui.

Cette année, en Anjou, le temps a été particulièrement clément pour les pivoines. Du soleil, de la douceur et pas de pluie ou de vent saccageur, du moins pendant la semaine où elles ont vécu comme des reines. Leurs pétales sont restés doux comme des joues de bébé, et les cœurs ont pu s'épanouir, exhibant de joyeuses étamines sur lesquelles les bourdons allaient frotter leurs pattes et leurs abdomens.


Et quand tombe la fraicheur, les pivoines cachent une partie de leur trésor pour devenir semblables à de grosses roses mousseuses, aux multiples jupons, élégants et frivoles. La découpe particulière des pétales, leur échancrure sur le milieu, forme lorsque celles-ci ne sont ni tout à fait ouvertes, ni tout à fait fermées, un ensemble plein de courbes, d'enchevêtrements et de petits espaces creux où le regard peut s'abimer et se perdre en contemplation.


Oui, cette semaine passée, Lily a été vraiment amoureuse de ses pivoines. Elle les a humées, admirées, photographiées, presque tous les jours. Et grâce à elles, elle a voyagé dans le temps et l'espace : Pépé Nicolas, Pivoine, l'esclave chinoise au grand cœur, héroïne de Pearl Buck, mais aussi toutes les femmes et Princesse-Pivoine des contes orientaux…

"La poésie, c'est le chant intérieur."
Chateaubriand

Hier, au jardin, Chéchet a vu un pic-vert… Il serait, parait-il, très friand des graines de pivoines, ce qui faisait dire autrefois à Pline "qu'il ne fallait cueillir la fleur que de nuit, de peur que le pic-vert qui la défend, ne vienne crever les yeux de celui qui la cueille."

Quand les pivoines fleurissent,
il semble qu'il n'est plus
d'autres fleurs autour d'elles.
Kiichi