L'enfant bleu
Attention, voici un livre qui ne se lit pas en quelques heures puis s'oublie peu de temps après. "L'enfant bleu", roman écrit par un psychanalyste presque centenaire, Henry Bauchau, nous rejoint profondément par l'ensemble des thématiques abordées : la psychose juvénile, la relation thérapeutique, les processus de création, l'art, mais aussi par un ton singulier fait d'attention, de patience, de poésie du quotidien et de compassion.
Dans un hôpital de jour parisien, Véronique, analyste, va suivre régulièrement, durant douze années, le jeune Orion, psychotique. Celui-ci a des accès de violence lorsqu'il subit, intérieurement, les attaques du "démon de Paris" et il se trouve muré dans l'impossibilité de dire "Je" et d'expliquer ses actes. Au fil des "dictées d'angoisse" qu'il fait écrire par son analyste, émerge peu à peu ce qu'il le "boulversifie" quotidiennement : le galop de cent chevaux blancs dans sa tête, les railleries et excitations des autres enfants, les "trop de fautes, trop de fautes !" de sa mère, mais aussi les étranges visions de "l'ile Paradis" ou encore le souvenir de cet enfant bleu, si important, rencontré à l'hôpital.
Blessée elle-même dans son cœur de femme, Véronique, mariée à un musicien qui cherche encore son style, va encourager l'aptitude au dessin d'Orion. Les séances avec le labyrinthe du Minotaure sont d'une telle densité qu'on souhaite aussitôt plonger dans les récits mythologiques pour approfondir et gouter davantage ce qui se joue là.
Progressivement, la jeune femme, tout en s'interrogeant sur le temps et l'énergie consacrés à son jeune patient, au détriment de sa vie personnelle ou de couple, va entrainer Orion dans une réelle démarche artistique reconnue, à travers peinture et sculpture.
Pas à pas, en suivant les avancées, les craintes, de l'un et de l'autre, narrées dans un style à la fois métaphorique et "chambardifié", le lecteur est conduit au cœur de ce "peuple du désastre", comme le dit lui-même Orion. Il doit alors en accepter les aléas, la monotonie, le langage particulier et surtout l'inachèvement de certaines batailles, comme celle "toujours perdue que soutient l'indéracinable espérance".
Un roman, à l'écriture enveloppante, qui fait du bien, beaucoup de bien et montre la cure analytique comme une œuvre profondément humanisante. Un grand moment de poésie, déchirante parfois, mais indispensable !
Extraits :
"Je suis, moi aussi, bouleversée par ce qui a eu lieu. Je ferme la porte, je me rassois, je me force à respirer longuement. J’ai été emportée dans son délire. J’ai aimé sa violence, son malheur, son allégresse déchirante. J’y ai participé car il ne lui suffisait pas de pouvoir délirer librement, il avait besoin que nous délirions ensemble, comme nous l’avions fait déjà. Était-ce une faute professionnelle de ma part ? Orion a répondu pour moi : On ne sait pas. Puis pour me remettre à distance : On ne sait pas, Madame. Et il est parti à toutes jambes afin de garder un pied au fond et ne pas se risquer plus longtemps dans les eaux profondes. Reste un « on » insondable. [...]
"Respirer, respirer encore, attendre durement devant la porte qui peut-être n’existe pas, demeurer immobile dans la chaleur étouffante du petit bureau. Ne pas croire que je vois le sens de ce qui a eu lieu, ni que j’ai l’obligation de le chercher. Il y a eu une présence, une musique, une danse inouïe des mots puis Orion a revêtu à nouveau son masque apeuré pour aller prendre le métro, le bus et retourner chez lui." […]
"Je reviens tôt mais épuisée à la maison. Cinq heures, encore deux heures ou trois avant le retour de Vasco. Je devrais noter ce qui s’est passé avec Orion, quand nous étions oragés, tous les deux. Il fait trop chaud ; d’abord prendre une douche, me faire une tasse de thé. Après je m’étends un peu, je m’endors."
Et là, enfin, c'est Orion qui parle :
"Une œuvre quand elle est presque finie, on sent une chaleur, un début de rayon pour qu’on ne finisse pas. Moi on est une espèce de presque, de pas fini. Être comme les autres, est-ce que c’est être fini ? On voudrait et le presque ne veut pas. On souffre pour finir les œuvres, on aimerait mieux faire des œuvres brûlées. Toi, Madame, tu es une presque ou une finie ?"
Commentaires
Ce livre semble bien, mais j'ai un gros défaut lily, je ne lis pas assez...si je lis un livre par mois, c'est bien le maximum...bisou, et merci de ton gentil commentaire chez moi, bon dimanche...
J'aurais beaucoup de difficultés à lire ce livre... Ces quelques lignes me rappellent quelqu'un que j'ai connu et que j'ai beaucoup aimé... Une autre étoile dans le ciel... Pierre-Emmanuel...
Gros bisous Lily ! Belle journée !
Il m'attend sagement ce livre. Je me doute qu'il est beau. J'aime l'écriture d'Henry Bauchau.
J'aime beaucoup Henry Bauchau, et ce livre tout particulièrement. Et je trouve ton analyse très très fine. Bien cordialement !
j'adore la lecture
et votre billet me donne beaucoup l'envie de lire ce livre
bon courage pour demain
Merci de me faire découvrir cet auteur, que je ne connaissais pas... Comme le Pierrot, je ne lis pas assez ou plus assez... Alors, merci de re-susciter ma curiosité !
Bisou lily, passe une bonne journée...
Rha lala, tu m'as donné envie de le lire ce livre ... J'ai des piles de livres qui n'attendent qu'à être lus et je n'ai qu'une pauvre tête pour ce faire !...
Bisous Lily, belle Journée !
Je ne sais pas si j'aurai l'occasion de le lire, mais la prochaine fois que je vais dans une librairie, je regarde, promis ! Tu décris tellement bien ce livre...
Bonne journée !
Fnac, commandé, envoyé!
Ahhhh ! Ca remarche ! Je peux enfin venir te souhaiter une agréable journée !
Gros bisous Lily !
Bonne journée de mardi... et merci pour les titres que tu as proposés pour ma note, effectivement très à propos...
Bisous, Léo
Merci Lily pour ce compte rendu de lecture de grande qualité: je ne connaissais pas Henry Bauchau...
Ce roman semble très riche et bouleversant en effet.
Je t'embrasse bien et à bien vite.
Ça me fait pensé à du Hayden :) J'aime beaucoup ce genre de livre!
Malgré l'impression que le temps sera gris aujourd'hui, je viens te souhaiter une belle et agréable journée Lily ! Avec un parapluie ;D !
Gros bisous !
Il ferait bien un temps à se plonger dans un livre ce matin...
Bises et bonne journée Lily, Léo
Repéré il y a quelques temps, il ets toujours sur ma LAL.
De cet auteur j'ai "le déluge " son dernier livre... Celui ci j'en ai beaucoup entendu parler... Peut-être un jour, le sujet est en effet très tentant mais impossible de lire ça en été (en général je ne lis que du léger en été)
Tu vas bien Lily ? Désolé pour ma fréquence de visite qui se ralentit mais je cours après le temps en ce moment j'ai l'impression de ne plus avoir le temps de ne rien faire, vivement les vacances... Je pense que tu dois voir ça avec les lutins : ils n'en peuvent plus !
Gros bisous Lily (et ne t'inquiète pas je ne t'oublie pas... Comment le pourrais je ???)
Un livre dont je prends note car le sujet m'intéresse vraiment. J'attends les vacances avec impatience pour pouvoir lire davantage.
J’ai été très touchée par cette lecture. Ce petit Orion ressemble tant à cet enfant croisé il y a quelques années… Un livre qui aide à accueillir et mieux comprendre les enfants “presque finis”.