Allons réveiller le soleil*
Lorand, exilé d'un pays ravagé par la guerre et les complots, s'est installé dans le Sud-Est de la France. Pourtant ses souvenirs et des cauchemars l'empêchent d'être heureux. Suite et fin d'une nouvelle écrite à plusieurs, sous forme de jeux, à partir de très courts extraits de romans. (Lire le début dans le billet précédent.) Merci à tous les co-auteurs, spécialement Masyl et Guislaine.
Leurs promenades se firent chaque jour plus longues et plus confiantes. Parfois ils allaient aussi s'asseoir dans un café, Catherine disait de petites banalités, toujours les mêmes pour tenter de faire grandir l'estime qu'il avait de lui-même. Que s’il avait voulu ç’aurait été lui le plus intelligent des trois enfants de sa fratrie. Le plus “artiste". Le plus fin. Et aussi celui qui avait le plus aimé sa mère et surtout sa grand-mère.
Tard le soir, ainsi que le dimanche, il écrivait ses souvenirs, s'efforçant de comprendre les évènements et d'organiser tout le fatras entreposé dans sa mémoire durant ces vingt et quelques dernières années.
Nul ne venait l’interrompre et il passait presque toute la journée à écrire, si absorbé qu'il en oubliait même de déjeuner. Sur le coup de quatre heures de l’après-midi, un dimanche où il était resté dans sa robe de chambre en pilou, il vit une tasse de chocolat surgir dans son champ de vision.
- Tiens, je t’ai apporté quelque chose de chaud…
- Encore un an… Juste une année ! Je crois que l’an prochain, à cette époque, je ferai voile vers le Cap !
Il souriait comme s’il attendait ce moment avec plaisir. Puis il partit dans un grand rire mauvais. Il n'en finissait pas de se secouer nerveusement. Entre deux hoquets, il lâcha qu'il pouvait bien assumer son rôle de "serviteur inutile" à une extrémité ou l'autre de la planète, que ce soit à Reykjavik ou au Cap…
Catherine demeura un temps silencieuse puis, glaciale, demanda :
- Puis-je rester après une telle insulte ? Je suis effrayée, et honteuse pour vous, continua-t-elle, je ne reviendrai plus jamais dans cette maison !
Ses yeux brillaient.
Désespéré de sa bévue, Lorand ne put poursuivre. Tandis que Catherine s’efforçait de dévorer ses larmes, il s'habilla à la hâte et la devança pour sortir. Il ne souhaitait rien d'autre à cet instant que de revoir sa sœur et de lui presser les mains pour se donner le courage de vivre. À grandes enjambée, il se dirigea vers la clinique où, depuis son arrivée en France, elle était soignée pour une méchante pneumonie.
À sa vue, Héléna fut prise d’une quinte de toux qui, cependant, ne réveilla pas l’infirmière (!) Quand l’accès fut passé, la jeune femme demeura épuisée quelques minutes. Enfin elle murmura : "Les moments douloureux ont laissé des traces jusque dans la paix de ton sommeil. Ils ne t’ont jamais vraiment quitté et je doute qu’ils le fassent un jour. Mais tu dois me croire : tu as agi pour le mieux dans des circonstances extrêmement difficiles."
À cet instant son cœur se serra et se déploya. Il n’eut plus aucun doute.
Elle releva la tête, le regarda un instant sans rien dire, puis murmura : "Être aimé tous les jours de la même manière et néanmoins diversement, être aimé autant après dix ans de bonheur que le premier jour, c'est ce que notre mère a connu avec notre père, avant le complot, c'est ce que je me souhaite malgré la maladie et c'est aussi ce que la vie peut t'offrir de meilleur… Si tu cesses de lâcher les mains qui se tendent vers toi. Si tu acceptes de te réveiller de ton cauchemar d'enfant que tu te repasses sans cesse dans tes nuits."
Il pressa ses deux mains sur les siennes, sourit et dit : "Allons réveiller le soleil !*"
* Titre emprunté à José Mauro de Vasconcelos
Commentaires
Félicitations à toi Lily pour l’écriture de cette histoire… Un exercice pas facile avec les bribes de textes que l’on t’a donnés… Et merci pour ce sympathique moment de complicité et d’amitié !
Gros bisous et belle journée !
Bon week-end Lily !
Gros bisous !
Repose toi maintenant, tu as bien travaillé ;D
Le jardin de Stéphane Marie est vraiment très beau, il doit faire bon s’y détendre et y rêver… Il ne manque que la bergère et ses blancs moutons ! J’adore !
Bisous bisous !
Merci Lily pour ce jeu divertissant et instructif ! J’ai pris beaucoup de plaisir à y participer (pas autant que je l’aurai souhaité, hélas !). Un grand bravo à toi pour avoir réussi à composer avec les bribes données et obtenir une histoire, qui tienne la route !
Merci Lily pour tous tes coms laissés sur mon blog. Je ne te réponds pas mais je savoure chacune de tes réflexions. En ce moment, je reçois mon frère et sa famille, alors je suis moins présente sur le net.
Je t’embrasse affectueusement et te souhaite de belles vacances reposantes.
Bonjour ! Je découvre ton blog grâce à Amaury. Je reviendrai me balader avec plaisir !!! A bientôt !