Pour vous, Madame Chedid
Nombreux, les hommages rendus à Andrée Chedid mettent au cœur son goût de la vie, des rencontres et son éternelle jeunesse. Au mur du salon parisien de cette femme écrivain-poète, née au Caire le premier jour du printemps 1920 et décédée dimanche soir, un dessin de Jean Cocteau avec ses mots en guise de devise :
"À l'impossible, je suis tenu".
“La poésie chez Andrée est une philosophie de l’existence, elle fonde une éthique de la fraternité : lien universel et éternel entre les hommes, elle nous invite à sortir de “notre étroite peau” pour que l’intimité de chacun s’ouvre à la résonance du monde et que nous donnions sens à l’aventure humaine par le partage.” Jean-Pierre Siméon et Matthieu Chedid dans la préface du recueil "Au coeur du coeur" chez Librio poche.
Dans "La soupe au caillou", Lily avait déjà glissé un billet sur cette grande dame, à l'occasion du "Printemps des poètes 2010". Alors aujourd'hui, elle souhaite simplement écrire un poème reconnaissant, à la manière d'Andrée Chedid, elle-même - voir son poème "Les trois mouettes".
Avec une entorse à la cheville, elle est allongée près de la fenêtre. Dans un frou-frou d'ailes et de plumes, une jeune tourterelle à collier vient se poser sur la balustrade. Surprise, elle fixe la présence inhabituelle, derrière la vitre, d'un œil puis de l'autre. Ingénue, elle dodeline de la tête, bouge un peu son corps beige clair à la queue relativement longue et revient avec ses petits coups d'œil surveiller l'intruse dans la chambre, l'air de demander "Ça va ?"
Soudain plus calme, sa gorge se gonfle et elle émet son "crou, crou, crou", si proche et presque émouvant. Le soleil choisit précisément ce moment, déchire les nuages et pose sa caresse dorée sur l'oiseau et son plumage.
Plus tard, avec son joyeux frou-frou annonçant le printemps, la demoiselle revient, l'œil toujours aussi vif, curieux : "Tu es là ?!"
Alors les mots cognent trois petits coups. A la vitre, au ciel, à votre porte peut-être …
Pour vous
Pour vous deux tourterelles à collier
Ma mémoire en chantier
La saveur d'une crêpe sous le palais
Quelques fleurs de mon jardin d'hiver
Le souvenir d'une chèvre perdue sur les chemins*
Et le parfum du jasmin.
Pour vous deux tourterelles à collier
Ma mémoire en chantier
Le sourire d'un doux visage
Le soleil qui déchire les nuages
Pour vous deux tourterelles à collier
Et la terre et le ciel à aimer.
Lily, le 09 février 2011
*clin d'œil à "La chèvre du Liban", nouvelle parue dans "Derrière les visages" d'Andrée Chedid, p 107, Castor poche Flammarion.
Voir plusieurs hommages :
chez Tatydanylyon, chez Cathy, chez Odile, et chez Guess Who.
Commentaires
C’est beau quand tu écris comme ça, en hommage aux poètes, ici la grande dame qu’est Andrée Chédid, souvent je l’ai retrouvée, pour retrouver son visage humain, beau, sensible et son regard sur l’autre …
L’oiseau poète … au coeur des hommes, saison d’espoir …
Mes eaux mage …
Nos coeurs se croisent pour célébrer la Poésie.
J’ai emprunté ce matin un recueil d’A.Chédid dans la collection Seghers Poètes d’Aujourd’hui, et je suis très heureuse de pouvoir dire que la poésie est bien d’actualité, en dehors, à côté, des nouvelles moroses du journal de 20h…
Bises chère Lily
Une grande dame que l’on retrouve dans les chansons poétiques de Louis et Matthieu ! Matthieu avait d’ailleurs l’air très proche de sa grand-mère et très admiratif aussi…
Ton hommage est très beau Lily, très émouvant aussi… Je ne la connaissais pas, ni ses écrits d’ailleurs… Mais nous avions me semble-t-il des points communs, notamment l’Egypte et les poésies…
Bisous Lily ! Courage dans ton repos ! Belle journée !
C’est un bel hommage, Lily, très émouvant… a une grande dame, assurément… je la connais mal, assurément, mais je sais que le temps résoudra cela…
Bises
bel hommage
Quand je pense à Elle, il y a des mots qui me viennent à l’esprit… des mots comme générosité, des mots comme bienveillance, des mots comme… un petit quelque chose qui va désormais manquer à l’humanité, même s’il y a été semé…
C’est un bel hommage que tu lui fais, Lily, fleurs et tourterelles, beautés de la terre à aimer…
Je crois comprendre que tu t’es fait une entorse à la cheville ? C’est pas bien drôle, et je te souhaite de bien te reposer, pour pouvoir à nouveau bientôt galoper :-)
C’est un bel hommage… J’aime beaucoup les écrits de Andrée Chedid si empreints d’humanité..Merci ! gazou
Comme tu écris bien Lily…et quel bel hommage.:-))
Je ne suis pas la seule à méconnaître cette grande dame connaissant plus son fils et petit fils…mais je vais combler ce manque… je suis sure que je vais aimer ses qualités humaines dont on a tant besoin…
J’aime beaucoup le dernier album de Louis, dédié à sa mère … très touchant et réconfortant.:-))
Bisous soleil Lily
Tiens, je suis étonnée de voir que je ne suis pas passée hier, à moins que ce soit mon commentaire qui ne soit pas passé…
Bref passons :) …
J’espère que tu profites bien de ton repos et que tu te plonges avec plaisir dans de merveilleuses lectures… Ca fait du bien parfois de se reposer et de s’accorder du temps :)
Bisous Lily, bon samedi !
Je ne savais pas que cette Dame était morte récemment ! Honte à moi… Je la connais mal. Je me souviens avoir lu un de ses livres mais le titre ? Il faut que je recherche dans la bibliothèque. Je l’ai entendu aussi sur France-Inter.
Aïe l’entorse à la cheville !!! Je possède un dictionnaire qui parle des significations des maux. Voici un résumé de ce qui est écrit à ton sujet : “sorte de pont de lien entre moi et la terre(…) La cheville exécute les changements de direction et représente mes décisions et mes engagements qui se prennent en tenant compte de mes croyances et de mes valeurs(…) Toute blessure aux chevilles est reliée à ma capacité de demeurer flexible, tout en changeant de direction. (etc…)”
Ton entorse favorise encore plus ta poésie !!! Youpi !!! ;)
Je t’embrasse fort et te souhaite une guérison rapide
Hier la balade à la mer… Quel bonheur ce vent froid à l’odeur si particulière qui fouette le visage !… Si tu as de mauvaises pensées (j’ai bien dit “si”… ;) ) Impossible de les garder bien longtemps dans la tête, elles s’envolent avec le vent et sont figées à jamais dans les fins fonds de la grande….euh ! comment dire… Ce n’est pas la grande bleue, ni la grande verte comme à son habitude… Si si, elle était un peu bleue :)
Alors ? Reprise ou pas demain ?
Bisous ma Lily, bon dimanche !
Je crois comprendre que tu étais “arrêtée” cette semaine ?
Très intéressante, la réflexion de Masyl, je crois aussi que les maux ont un sens (” en avoir plein le dos”, “manquer d’air”…), j’aimerais beaucoup avoir les références du dictionnaire dont elle parle ?
Je lis “La reine Alice”, un roman qui parle d’un sujet douloureux en y mettant des mots merveilleux…le moyen peut-être de dépasser les maux par les mots…
Bonne journée Lily !
Merci Lily ! Andrée CHEDID serait donc une poétesse intimiste que l’on en entende pas parler plus souvent ? Je ne sais plus comment je l’ai découverte : sans doute, il y a déjà fort longtemps, un temps que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître. Je lisais encore le journal “ELLE”. Depuis, à chaque fois que je “rencontre” un de ses poèmes, je ne suis jamais déçue. Ils correspondent à ma sensibilité ; simples, aérés, évocateurs, vrais, humains. A bientôt Lily !
Comme d’autres je connais mieux les musiques du fils et petit fils que la poésie de la mère et grand-mère. Ton hommage tout en douceur m’incite à combler mes lacunes et à me pencher sur l’œuvre de Andrée Chédid.
Mon dernier comm’ n’apparaît pas. Je te demandais les paroles d’un petit poème intitulé “la maison sans racine” que je n’arrive pas à retrouver. On ne me parle que du livre mais ce poème existe. Peux-tu me le trouver ? D’avance, merci.
Tu as vu, François Nourrissier est mort aujourd’hui ? Encore une “belle écriture” classique qui disparait.
Deux tourterelles à collier
Dérive sur le Nil
Des cèdres au Liban…
Loop
c’est très beau…ça me donne envie d’explorer son oeuvre que je connais bien peu j’avoue…