Le mariage de Gauvin - 2
Certains ont manifesté leur attente quant à la suite des aventures du Roi Arthur. Un redoutable cavalier noir l’a mis au défi de nommer enfin le plus grand désir des femmes. Alors, nombreuses, il les a rencontrées, questionnées … D’une hideuse et repoussante créature il a obtenu, semble-t-il, la réponse, mais le prix à payer est élevé ! Et Arthur imprudemment a donné sa parole, au risque de l’amitié la plus loyale qu’il connaisse …
“… Et c’est ainsi que le Roi gagne au galop fougueux de son cheval la rive du marais ensorcelé : le guerrier noir l’attend, là-bas, de l’autre côté :
- Alors, Arthur Pendragon, Grand Roi de toutes les Bretagnes, allez-vous sauver votre Royaume et votre âme ? Quel est donc le plus grand désir des femmes ?
Et le cavalier noir s’avance fougueusement à travers le marais – en de vastes gerbes d’écume et de vase – tandis que le Roi crie sans hésiter :
- Le plus grand désir des femmes est de tenir en mains tout leur destin !
Tonnerre, éclairs, enfers, nuages déchirés, déchiquetés, coups de bélier des quatre vents déchaînés, hurlement vertigineux qui transperce la terre et le ciel …
- Que l’enfer t’engloutisse !
Pluie torrentielle, averse sur averse, trombes d’eau, déluge sans pareil …
Le Roi Arthur fait demi-tour et reprend le chemin de Kaamelot,
Soulagé, glorieux mais déjà rongé de remords : Qui d’autre que Gauvain pourrait se sacrifier ? – le plus jeune, le plus beau de ses chevaliers. Uni à cette horreur repoussante, ce masque de l’Autre Monde !… Il frémit.
Et maintenant ?
Maintenant le Roi est là, harassé, consterné, debout devant la vaste cheminée - la tête entre les mains. La Reine Guenièvre s’approche et lui demande la raison de son chagrin :
- J’ai promis imprudemment le plus jeune, le plus beau de mes chevaliers à cette femme monstrueuse qui m’a révélé le secret de l’énigme dont je vous ai parlé, ma Dame.
Dès qu’il entend les paroles du Roi, Gauvain se précipite et lui saisit les mains :
- En tout, vous savez bien, je vous obéirai afin de vous sauver !
Le Roi raconte alors sa détestable rencontre et la promesse qu’il a faite …
Alors, au point du jour, Gauvain chemine en direction de la forêt. Et il entend bientôt des râles et des gémissements.
Il arrête son cheval qui hennit longuement, se cabre et tente de faire demi-tour. Gauvain ferme les yeux un long moment puis descend de cheval et s’approche de l’étrange apparition …
Il s’agenouille, se penche et lui baise la main - Oh ! mon dieu comme elle est douce cette main ! - Il l’aide alors à se mettre debout, la saisit et la hisse sur son cheval - mais qu’elle est donc légère ! -
- Voici que vous êtes ma Dame … Et, dès avant ce soir vous deviendrez ma femme.
Lorsqu’il pénètre en la cour du Château, tous ses compagnons, tous ses gens baissent la tête et l’on n’entend que les pas du cheval qui résonnent sur le dur pavé.
Durant le mariage tout le monde se désole. Et au banquet nul ne veut goûter.
Quand vient le temps de la danse tout le monde se range et lorsque arrive l’heure du coucher, Gauvain reste figé devant la grande cheminée, bien seul et délaissé.
“Douce dame jolie …” chante une voix si pure dans la chambre à côté.
- Beau Sire, quand viendrez-vous près de moi coucher ?
À l’écoute de cette voix si belle, si douce, Gauvain se retourne et pénètre en la chambre parfumée de feuilles de fougères séchées qui recouvrent le sol. La douceur de cette voix le trouble et l’attendrit. C’est alors que s’offre à son regard la plus belle créature qu’on puisse imaginer, une si gracieuse et souriante damoiselle ! Les pétales de ses habits se détachent un à un et tombent sur les feuilles odorantes. Puis la damoiselle s’allonge sur la plage de drap blanc, tandis que Gauvain, fasciné, n’ose s’approcher.
Alors elle tourne la tête sur l’oreiller et le regarde très joyeusement.
Il s’approche enfin, se penche sur elle et pose un doigt sur les lèvres si douces de la jolie damoiselle, qui ouvre toutes grandes les ailes de ses bras et l’enlace vivement.
Qui connaitra jamais plus beau voyage ?
Or, voici qu’au premier chant du coq, il entend murmurer :
- Gauvain, mon bel amour, en me prenant pour femme, tu m’as délivrée pour chaque nuit de ce sort monstrueux qui me tenait prisonnière de la Mort … Mais, dans quelques instants, je vais retrouver la forme où tu m’as découverte pour toute la durée du jour. Alors, dis-moi chevalier, préfères-tu que je sois belle la nuit et hideuse le jour ?
- Mais je te désire aussi belle le jour que la nuit qui s’achève !
- Gauvain, tu ne réponds pas à ma question. Me désires-tu belle pour la nuit prochaine et hideuse pour le jour qui naît ?
- Je te désire chaque soir aussi belle que cette nuit de noces !
- Alors, tu ne penses donc qu’à toi et ça ne te fait ni chaud ni froid que je sois couverte de honte tout au long du jour ?
- Oui, c’est vrai, il vaut mieux que tu sois belle durant le jour et monstre dans la nuit.
- Mais tu sais bien qu’alors tu ne pourras me désirer ! Et tu préfères ta fierté à mon amour !
- C’est vrai, je te prie de me pardonner ! Me voici incapable de répondre à ta question et je vois bien que c’est à toi et à toi seule de décider : Choisis ta propre destinée …
- Quel beau cadeau, mon bien-aimé ! Tu viens de m’offrir ce que les femmes désirent le plus au monde : la liberté de choisir leur propre destin. Me voici libre enfin d’être aussi belle la nuit que le jour et de t’aimer comme jamais je n’ai aimé et d’être aimée comme jamais je ne l’ai été.
Ainsi passent les nuages,
Ainsi tournent les pages.”
Enluminure personnelle dorée au pinceau de Claire Guillemain
Récit librement inspiré des romans de Chrétien-de-Troyes – 12ème siècle - et de l’album (non réédité) “Le mariage de Gauvin” de Sélina Hastings - Londres 1985 - Raconté par Patrick Hétier, merveilleux papy-conteur, fin d’esprit et doré au cœur … ♥♥♥… Merci !
Commentaires
Ah, Lily, que ce conte est joli, bien raconté, et la fin heureuse me fait chaud au coeur !!
Bises, bon dimanche !
L’attente valait le plaisir ! Je me suis mise pour un dimanche à la place de mes petits élèves quand je leur raconte une histoire, les yeux écarquillés et le coeur enjoué…
Merci Lily ! Une belle journée qui commence avec toi ♥
une belle fin…
dommage que ce soit déjà fini…
Superbe ! Belle histoire ! Le choix des femmes !
Merci je ne connaissais pas cette histoire !
Bon dimanche Lily !
J’aime quand ça finit bien :)
Merci Lily !
Bon dimanche après-midi !
Ah j’ai adoré …
Ben voilà, il a tout compris …
ô femmes ! vous devriez avoir le choix de votre destin …
PS : manque le “s” à “Choisis ta propre destinée !”
Bisous à ma conteuse favorite !
Que la nuit s’achève
Que le matin convie Monsieur Seguin
Qu’à midi, il ait retrouvé sa chèvre…
Loop
… « La liberté de choisir son propre destin » tel est donc le désir des femmes.
Bien sûr que chaque femme en a envie ! Il ne faut surtout pas briser ce rêve. Dans le conte, la légende, tout est permis.
Mais dans la réalité, il en est autrement. Peut-on maîtriser la vie future ?
Que rêver de mieux avant d’aller me reposer ? Choisir mon destin ! Une merveille ce conte et un bonheur qu’il soit raconté par un homme ! Lors d’une prochaine visite j’irai faire un peu plus connaissance avec Patrick Hétier.
Merci de ce moment de bonheur Lily !
Je te souhaite une semaine douce et rempli d’instants magiques avec tes petits lutins et ta famille.
Je t’embrasse fort
La fée des brumes passe te souhaiter une belle journée :)
Gros bisous Lily ! J’espère que ta cheville va mieux et que tes petits lutins ont eu le plaisir de te retrouver :)
Très joli conte Lily, merci pour ce partage.
Amitié
Pierre
LE choix des femmes… ah, on voit vraiment qu’on est dans un conte!
Visiblement, les trois hommes qui se sont exprimés à la suite de ce conte se montrent plutôt réticents … Heureusement, c’était un homme qui racontait …
J’aime beaucoup une phrase de Jeanne Moreau :
“La liberté c’est de pouvoir choisir celui dont on sera l’esclave”
Belle journée Lily, bisous !