La réflexion avait commencé sur un blog ami avec quelques vers de Desnos …

"Dans la nuit il y a naturellement les sept merveilles
du monde et la grandeur et le tragique et le charme.
Les forêts s’y heurtent confusément avec des créatures de légende
cachées dans les fourrés.
Il y a toi.
[…]

Dans la nuit passent les trains et les bateaux et le mirage des pays
où il fait jour. Les derniers souffles du crépuscule
et les premiers frissons de l’aube.
Il y a toi."
Robert Desnos* "Les espaces du sommeil" dans "À la mystérieuse" (1926)
Lueurs-aurore

L'évocation du passage des trains, la nuit, n'a pas laissé Lily indifférente. Dans son enfance, parfois, le vent apportait ce ronflement mécanique et lointain jusqu'à ses oreilles. S'ensuivait alors tout un temps de plongée dans le silence rond et feutré de l'ineffable … Mais d'autres nuits, plus pénibles et inquiétants, les longs et interminables aboiements de la chienne se transformaient en hurlements lugubres, en réponse à d'autres de son espèce, dans des fermes par-delà quelques bois.
Aujourd'hui, l'inquiétude a changé de nature ; pourtant elle est toujours liée au temps qui passe - comme un train lancé sur ses rails - et aux gémissements nocturnes de l'insatisfaction.

Dans la nuit il y a parfois des pensées
qui nous taraudent et en paix ne veulent pas nous laisser.
Elles font leur raffut au grenier
sachant que le chat sous la lune s'est éloigné
et que nous sommes trop las pour les chasser.

Dans la nuit on entend les aboiements d'un chien
et dans le lointain le roulement d'un train.
Dans la nuit, il y a aussi le silence et mon cœur qui bat.
Les étoiles valsent au firmament et je me blottis dans tes bras.
Je peux enfin être moi-même et je te parle tout bas

Mais quand revient le petit matin
Je ne sais si je suis heureuse ou pas
De reprendre des habitudes et des faux-fuyants le train-train.
Dans la nuit il y a mon cœur qui bat
Et ce n'est pas rien !

Lily, mars 2011

Non, ce n'est pas rien ; dans la nuit le corps et les émotions parlent avec plus de vérité, d'intensité …

Le lien Lise Del Médico 3

Un front qui s'appuie
À moi dans la nuit
Deux grands yeux ouverts
Et tout m'a semblé
Comme un champ de blé
Dans cet univers.

Louis Aragon*

Le lien Lise Del Médico 2

"Le lien" Lise Del Médico

Sculpture en argile cuite exposée à Avrillé - 49 - à l'automne 2010. Merci à l'artiste ! Son nouveau site [ICI]

L'univers épuré de la sculptrice est peuplé de personnages méditatifs et sereins, "à l'écoute de la mélodie secrète du monde." Comme on voudrait que cette mélodie ne s'évanouisse pas avec les lueurs de l'aurore !… Et que grandisse la force puisée dans nos liens essentiels !

Pour finir, une petite touche humoristico-philosophique : La femme qui, selon les récits bibliques, a été modelée à partir d'une côte de l'homme n'a pas été tirée de sa tête, pour lui éviter de se croire au-dessus de lui, ou de ses pieds, pour lui éviter l'humiliation, mais avec bonheur, tirée de son côté, pour être son égale. À hauteur de son épaule pour être protégée et près de son cœur pour être aimée.

*Les deux poèmes peuvent être lus sur le blog de Cagire : "Orion Fleur de Carotte", où elle livre régulièrement ses réflexions poétiques et ses propres textes inspirés par la nature et le quotidien. Un passage qui vaut le détour !