Les-trois-lumièresEn Irlande dans les années 70-80, une petite fille de six ou sept ans, dont la mère se retrouve pour la énième fois enceinte, se voit conduite par son père chez un couple sans enfant vivant dans une ferme lointaine.

Tout est nouveau chez les Kinsella : le quotidien, les comportements, les caractères et les mots. Pour la fillette, le malaise est souvent latent, que ce soit avec la femme pour aller chercher l’eau au puits, lors des parties de cartes avec les voisins ou encore à l’occasion d’une veillée mortuaire où elle se retrouve seule au milieu d’adultes. La compréhension lui fait souvent défaut, les mots aussi … Que c’est bien vu ! Mais qui sont réellement cet homme et cette femme ?

Attentif et affectueux, au fil des travaux et de la découverte de la nature, le couple transmet à la fillette, chacun à sa façon, une sensibilité et des savoirs. Doucement de part et d’autre des sentiments naissent, qui pourtant n’atténuent pas toujours l’inquiétude et le mystère. À chaque page, se mêlent de la beauté et des silences, de l’eau qui nous happe et de la lumière, des occasions de se taire et des gestes de confiance. Jusqu’à ce qu’un jour, une lettre arrive …

Dans ce court roman - une centaine de pages - nous sommes littéralement embarqués dans l’approfondissement du mystère des autres et de l’attachement si nécessaire pour grandir. Rien de mièvre ou de facile. Mais une histoire ciselée à l’allure de fable intemporelle progressant par petites touches impressionnistes pour nous parler de manque, d’altérité et finalement - après quelques détours - de naissance à soi-même.

Poétique, subtil et fort, voici un récit qui vous reviendra souvent en mémoire lorsque vous entendrez quelque part un enfant s’écrier : “Papa !”

“Les trois lumières” de Claire Keegan, traduit par Jacqueline Odin, chez Sabine Wespieser Éditeur