La parole de l'âne
Récemment, Bruno le conteur est venu, de sa belle voix, conter quelques facéties et merveilles aux lutins. Il avait, parmi d’autres dans son sac, la randonnée de l’âne qui ne voulait pas rentrer dans sa cabane - A la façon, vous savez, de Biquette qui ne voulait pas sortir du chou …-
Avec la parole chaude du conteur, sa présence, les lutins ont adoré ce petit âne têtu, dont ils continuent de parler entre eux. Alors Lily a choisi de conter à son tour d’autres histoires où interviennent ces braves bêtes un peu oubliées aujourd’hui. Celles de Nasreddin, par exemple, un Turc de légende, à la fois très malin, très sage ou très bête, selon les circonstances. Alors, place à la parole que le vent du sud a portée jusqu’à nos oreilles.
Et d’abord, “à tout Seigneur, tout honneur”, commençons par “La parole de l’âne” :
Un jour, le voisin de Nasreddin Hodja vint le trouver de bon matin.
- Paix à toi, mon bon ami !
- A toi aussi la paix, mon bon ami, répondit le Hodja.
- Mon âne, mon fidèle serviteur est malade, tu le sais. Hélas, j’en avais un besoin urgent ! Aurais-tu la bonté de me prêter le tien ?
Nasreddin s’excusa en disant que sa bête n’était pas là parce qu’il l’avait déjà prêtée à quelqu’un d’autre. A cet instant précis, l’âne se mit à braire dans l’écurie.
- Comment !…Tu te moques de moi, dit le voisin! Tu te prétends mon ami et tu mens pour ne pas me prêter ton âne ! Il est là, je l’entends !!!
- Et toi, mon voisin, tu me déçois !… Tu te prétends mon ami et tu préfères croire la parole de mon âne plutôt que la mienne !!!
Dessin Jean-François Poussard - 2010 -
Après la ruse, goûtons maintenant à la naïveté bienveillante avec : “Les voleurs et l’âne.”
Nasreddin venait d’acheter un âne au marché quand, sur le chemin de retour, deux voleurs l’aperçurent. L’un des deux, sans bruit, détacha l’âne que le Hodja tenait en laisse et l’autre prit la place de l’âne la tête dans le licou. Quand Nasreddin arriva à la maison, il fut bien surpris !
- Où est mon âne ? Et toi, qui es-tu ? demanda-t-il.
- Oh, pitié mon bon monsieur ! dit le voleur. Je suis un homme qui a fait beaucoup de bêtises dans son enfance. Et ma mère, qui était une sorcière, m’a puni en me transformant en âne pour une période de vingt ans. Cette période vient juste de se terminer, alors que je marchais derrière vous. Alors laissez-moi rentrer chez moi, s’il vous plaît.
Nasreddin fut touché par cette histoire et relâcha le voleur en lui demandant de ne plus recommencer. Le lendemain, il repartit au marché en acheter un autre. Surpris, il retrouva l’âne qu’il avait acheté la veille. Alors, il s’approcha de lui et lui dit à l’oreille :
- Ah ! Toi, tu as encore fait des bêtises, alors que tu m’avais promis de ne pas recommencer ! Mais aujourd’hui, je te jure que je ne t’achèterai pas !
Nasreddin Hodja, miniature XVIIe s
Topkapi Palace Museum Library Cat. No. 2142 - Source Wikipédia
Pour finir, voyons Comment Nasreddin accepta le ridicule afin d’aider son fils à grandir.
Nasreddin avait un fils qui se trouvait laid et avait honte de lui. Pour cette raison, il ne voulait jamais sortir. Son père avait beau lui dire qu’il ne faut pas écouter les remarques des autres qui ont toujours matière à critiquer, il restait enfermé dans ses pensées. Un jour, Nasreddin Hodja lui dit :
- Demain nous irons tous les deux au village avec l’âne et tu écouteras bien ce que disent les gens.
Pour une fois, le fils accepta et le lendemain ils partirent tous les trois, le père monté sur l’âne et le fils marchant derrière. Arrivés sur la place du marché, un flot de réflexions leur parvint aux oreilles : “Mais c’est Nasreddin monté confortablement sur son âne avec son pauvre fils usant ses sandales derrière lui ! Il a pourtant déjà bien profité de la vie, qu’il laisse un peu la place aux jeunes !” Nasreddin dit à son fils :”Tu as bien entendu ?… Demain nous reviendrons au marché.”
Le lendemain, ils arrivèrent tous les trois sur la même place, le fils juché sur la bête et le père marchant derrière. Les langues se délièrent très vite et les méchantes paroles fusèrent :”Ce jeune n’a aucune pitié, il est bien tranquille là-haut et laisse son vieux père marcher au soleil ! Quel manque d’éducation et de respect !” Nasreddin dit à son fils :”Tu as bien entendu ?… Demain nous reviendrons au marché.”
Le troisième jour, ils arrivèrent sur la même place. Cette fois, tous les deux installés sur le dos de l’âne. En les voyant, les gens s’exclamèrent : “Incroyable! Regardez ces deux fainéants montés sur cette pauvre bête qui n’en peut plus ! Ils sont bien cruels envers les animaux !” Nasreddin Hodja dit à nouveau à son fils :”Tu as bien entendu ?… Demain nous reviendrons au marché.”
Le quatrième jour, la place du marché était noire de monde et écrasée de soleil. Nasreddin et son fils arrivèrent péniblement, trempés de sueur, portant l’âne sur leurs épaules. La foule s’écarta pour les laisser passer et cria en se tenant les côtes : “Oh, regardez donc ces imbéciles ! Oh, oh, oh, ils n’ont pas compris que l’âne est fait pour les porter. Quels idiots !”
Nasreddin Hodja, très droit sous son burnous, dit alors : “Fils, tu as bien entendu ??? Quoi que tu fasses, les gens y trouveront toujours à redire. Le mieux, c’est de faire comme tu penses. Et de laisser les critiques à la porte de tes oreilles.
Commentaires
Bonjour Lily,
La médisance est le pire danger de la langue.
La gueule d’un canon est moins dangereuse que la bouche d’un calomniateur.
[Proverbe arabe.]
Si tous les hommes savaient ce qu’ils disent les uns des autres, il n’y aurait pas quatre amis dans le monde.
[Pascal.]
Le meilleur usage que l’on puisse faire de la parole est de se taire.
[Tchouang-Tseu.]
Les histoires de Djeha (Djoha, Juha, Giufa,…) ont meublé notre enfance.
Un homme réputé pour sa ruse, ses coups fourrés.
J’aime beaucoup la dernière histoire ! (mais est-ce bien une histoire ?)
J’adore ces histoires et les dessins sont superbes!bon week-end
j’aime bcp la dernière, si vraie !
la derniere est criante de vérité
Bruno le conteur
Paysages de l’Ardèche
Trois bougies,
Tu allumes la mèche ?
loop
J’affectionne tout ce qui évoque l’âne si doux marchant le long des houx…
Et j’en ai profité aussi pour me lancer à la recherche de la Biquette qui ne voulait pas sortir du chou…
Bon mercredi Lily
l’âne a trouvé deux spam sur son espace administratif c’est corrigé ton adresse blog est visible bizz jl
J’adore ce genre d’histoires et celles-ci je ne les connaissais pas ! La morale de la dernière est tellement vrai. De plus j’admire les ânes sans doute lié à l’histoire si triste de l’âne Cadichon qui m’a fait pleurée enfant.
Merci pour tous tes petits mots gentils, raffinés, que tu laisses sur mon blog et qui m’enrichissent.
Je t’embrasse