Sauvages et un peu folles
Arrachant les diverses herbes et fleurs sauvages qui, gaiement, avaient colonisé le jardin des lutins durant l’été, Lily s’est arrêtée devant une jolie cousine de la pomme de terre. Petites fleurs blanches étoilées à cinq minuscules branches, couronnant délicatement des étamines jaune vif soudées en cône et surtout baies vertes et brillantes, rondes et mignonnes comme des tomates cerises, la plante avait du “chien” … Hum, vue la suite, disons plutôt du charme.
D’ailleurs, illico après le déjeuner, Lily lui a tiré le portrait dans la classe. Heureuse comme une renarde qui aurait trouvé des raisins bien mûrs et à sa portée ! Pourtant, attention, la plante et surtout les graines sont toxiques !
Vous l’avez deviné, c’est la morelle noire, une solanacée de la famille des tomates, pommes de terres et même aubergines. Est-ce la lumière baignant la classe à ce moment-là, la joie grandissant avec l’âge de faire des découvertes nature ou l’idée d’en faire un article ? Lily a éprouvé un bel d’entrain à faire des recherches, comme elle les aime, dans ses vieux bouquins ou sur Internet.
Il faut dire qu’elle est convaincue qu’il n’y a pas, dans la nature, de “mauvaises herbes” au sens botanique. Ce sont simplement des ” envahissantes”, des plantes qui se développent au gré du vent et d’un peu de folie. Bien sûr, elles donnent quelques suées aux jardiniers avec leurs racines entortillées, solides, longues comme un jour sans rire, sans parler de leur obstination à vivre envers et contre tout. Mais, malgré cela, elles ont leur place dans l’environnement et parfois un intérêt certain.
La morelle noire colonise facilement de nouveaux terrains et son cycle de vie est très court. Un jour ici, demain ailleurs, la belle est instable et volage ! Cette plante, appelée parfois “tue-chien”, faux cassis ou raisin de loup (?), produit dès la fin de l’été des baies vertes virant au noir, contenant de la solanine, une substance très toxique que la cuisson ne détruit pas. Substance qui d’ailleurs se trouve également dans le germe et les parties vertes des pommes de terre (à éliminer), ainsi que dans les tomates de la même couleur, qui ne se consomment guère qu’en confitures.
Les feuilles de la morelle noire sont utilisées en phytothérapie, mais la plante peut aussi être utilisée en compagnonnage avec la pomme de terre, car le doryphore a une nette préférence pour la jolie cousine. Tant pis pour elle, tant mieux pour les amateurs de frites et de purées ! Et pour Lily qui adore les “patates” sous toutes les formes.
Pour finir une anecdote :
Avec un plaisir évident, une lutine avait arraché une tige d’herbe folle aux racines bien visibles. Elle demande : “Maîtresse, je peux la garder pour l’emporter chez moi ?” Lily, surprise, hésite un peu : “Tu crois que tes parents …” Puis devant le regard de la lutine, planté dans ses yeux, elle se ravise : “Comme tu veux !”
Le soir, la lutine montre la plante à sa maman et demande : “Je peux l’emporter à la maison ?” La mère réplique : “Ah, c’est une mauvaise herbe, tu vas pas l’emporter, il y en a plein le jardin !” Puis elle tourne les talons et se dirige vers la sortie. La lutine la suit d’un air décidé. Fièrement, elle tient sa fleur à la main et ne la lâchera pas !
Commentaires
C’est tout pareil chez mes lutins…Epluchures de pommes, écorces de châtaignes, plumes de pigeons, ils veulent tout rapporter chez eux !
J’espère que les parents vident de temps en temps les cartables de leurs trésors cachés…
Bon mercredi Lily
Bonjour Lily,
… En vérité, il n’y a ni mauvaises herbes ni herbes folles.
C’est une déformation professionnelle née chez l’agriculteur, car il considère que tout ce qui n’est pas planté, cultivé ou semé par lui est une mauvaise herbe. Une guerre totale lui est déclarée, parfois au détriment de l’équilibre naturel.
… Vous avez raison de citer le botaniste pour réparer cette erreur qui s’est installée chez le grand public.
On distingue les plantes cultivées par opposition aux autres plantes et herbes qui poussent à l’étal naturel (plantes et herbes sauvages par opposition aux plantes et herbes cultivées).
Que serait devenue la Nature sans elles ?
Passionnant de la découvrir sous ton bel oeil … La morelle noire que je ne connaissais pas et qui ne semble pas porter sa couleur ! Mais j’aime les herbes folles, sauvages qui savent apprivoiser sans envahir !
Bisous d’une véronique bleue
tout n’est pas bon dans la nature.. il faut cueillir avec discernement et dans le doute s’abstenir..paroles de sorcière!
Je ne connaissais pas cette maudite Morelle noire… merci Lily de combler mes lacunes… il y en a tant..!!
J’ai bien aimé la conclusion… ces parents, décidément, ça ne comprend rien..:-))
Bisous Lily
une jolie fleur…
je vais regarder mon jardin différemment
“Morelle Noire à l’école”
Merci de nous avoir conté cette belle histoire
vraie.
Bonne fin de semaine Lily.
PS J’en pince pour une Douce-Amère
qui fleurit dans notre haie.
J’ai passé une bonne heure de jardinage au soleil cet aprem, en compagnie de mes petits “lapins” (ben oui…l’animal “fétiche” de cette année sera cet herbivore!!), qui s’en donnent à coeur joie pour “désherbiner”…mais arrachent avec le même entrain, vieilles fleurs, énormes radis…ou fraisier, thym et oignons de jacinthe!!! Aucun n’a voulu rapporté de fleur chez lui…mais il est vrai qu’ils ne se doutent pas encore que ces choses-là peuvent se replanter!! Il leur manque l’expérience qu’ils devraient pouvoir acquérir au fil du temps passé…dans le jardin de l’école, natur’Lment.
Super intéressant ton article. Je vois bien de quelle plante tu parles mais jamais je n’y ai prêté attention ! Au contraire je les arrache sans vergogne ! Merci de toutes ces infos qui permettent d’avoir un autre regard sur ce qui m’entoure.