Le vieux, son chien et les arbres en fleurs
Il était une fois, et si ça ne s’était pas passé ainsi, l’histoire ne serait pas dans les mémoires !… Il était une fois, donc, dans un petit village, un vieil homme et sa vieille femme. Comme ils n’avaient pas d’enfant, leur tendresse ils se la partageaient avec leur petit chien. Un adorable petit bout qui trottinait partout à leur côté, dans leur jardin, leur champ ou les ruelles du village.
Un jour que l’homme bêchait un carré du potager, il observa son chien flairer et gratter sous un vieux pin. “Tiens, tiens !?” Le chien tout joyeux aboya vivement et agita les pattes en tous sens avec encore plus d’ardeur. Intrigué et amusé le vieil homme prit son outil et, s’approchant du chien, donna quelques coups de pioche dans la terre. Bientôt il entendit un bruit, sentit un petit choc et, un peu éberlué, découvrit un coffre dans lequel s’entassaient de nombreuses pièces d’or. Un trésor ! Tout heureux, le vieux fit venir sa bonne vieille qui l’aida à extirper le coffre et ils l’emportèrent chez eux. Très émus, ils réalisaient à peine qu’en un instant ils étaient devenus riches grâce à leur petit chien. Ils se mirent à lui parler et à le cajoler longuement, puis pour le remercier dignement, ils lui achetèrent des mets succulents et un panier tressé avec des coussins de soie très confortables. C’était la fête chez les vieux !
Dans les petits villages, les nouvelles vont bon train ! L’histoire du chien découvrant un trésor passa de bouche à oreilles en un rien de temps, éveillant quelques jalousies. Leur plus proche voisin, particulièrement, en perdit le sommeil ! Il trouvait cette fortune insupportable. Il voulut essayer de dénicher la même en se rendant chez le vieux couple et en demandant qu’on lui prête le chien quelques jours pour amuser des enfants de passage.
« Oh, non ! Nous aimons trop notre chien pour nous séparer de lui » répondit le vieillard. Mais l’autre insista tant que le brave homme et sa femme finirent par lui prêter leur compagnon.
Arrivé chez lui, le voisin conduisit rapidement l’animal dans son jardin. Dans un coin le chien renifla le sol et se mit à gratter. Aussitôt l’homme envieux et sa femme se précipitèrent à ses côtés avec une pioche. Ils creusèrent la terre et ne trouvèrent que des ordures puantes et des ossements. De colère, l’homme leva sa pioche et d’un coup tua le petit chien. Sans remord, il courut ensuite l’air peiné chez ses bons voisins et d’une voix pleurnicharde leur dit : « Quel malheur ! En arrivant dans mon jardin, votre petit chien est mort brutalement. Nul ne sait pourquoi. J’en suis bien triste et je vais vous l’apporter immédiatement pour que vous puissiez l’ensevelir.»
Avec beaucoup de tristesse, les deux vieux portèrent leur bien-aimé petit compagnon à l’endroit précis où il avait trouvé le trésor et ils l’enterrèrent sous le pin tout en pleurant longuement.
Quelques temps plus tard, alors que le vieillard dormait, son chien fidèle lui apparut en rêve et dit : « Coupe l’arbre sous lequel je suis enseveli, et fais avec son bois un mortier à riz. Il te consolera.»
Encouragé par sa femme, le vieux coupa l’arbre et fit de son tronc un grand et beau mortier. Comme le temps de la récolte du riz était arrivé, il y entassa les grains. Et là, surprise ! Il sortit du mortier des pièces d’or en grandes quantités … Les deux vieux se réjouirent de tout leur cœur de ce cadeau qui leur rappela la bonté de leur petit chien.
Dans les petits villages, les nouvelles vont bon train ! L’histoire du mortier plein d’or passa de bouche à oreilles en un rien de temps. Le voisin toujours jaloux en perdit le sommeil à nouveau. Il trouvait cette fortune insupportable, mais vraiment insupportable. “Qu’est-ce qu’ils ont donc de plus que moi pour être aussi chanceux ? se demandait-il. Il retourna chez le vieux couple et sans aucune gêne leur demanda de lui prêter leur mortier à riz. « Oh, non, nous aimons trop notre mortier pour nous séparer de lui », répondit le vieillard.
Mais l’autre insista tant que le brave homme et sa femme finirent à contre cœur par lui prêter leur mortier. Arrivé chez lui, l’homme se mit vite à éplucher des grains de riz. Aidé de sa femme, il en amena des ballots entiers en espérant récolter de nombreuses pièces d’or. Mais il ne sortit finalement du mortier que des ordures puantes et de vieux os. De colère. l’homme prit un marteau, brisa le mortier et le fit brûler.
Sans remord, il courut ensuite chez les bons vieux et d’une voix pleurnicharde leur dit : « Quel malheur ! Votre mortier s’est mis à brûler peut-être à cause de la chaleur. Ne l’attendez plus, j’en suis bien triste pour vous !»
Les bons vieux furent très peinés en apprenant cette nouvelle. Ils allèrent se coucher le cœur lourd, mais dès que le vieil homme fut endormi, il vit son chien fidèle en rêve. Cela l’apaisa un peu et lui redonna espoir quand la brave bête lui dit d’aller récupérer les cendres du mortier. Il devait, au passage du Roi, grimper sur les cerisiers aux branches nues et y répandre ses cendres. Une surprise émerveillerait alors tout le monde, du souverain aux simples petites gens.
Au matin, le vieillard fit exactement ce que son petit chien lui avait demandé dans son rêve. Il les mit les cendres dans un sac et s’en alla sur la grand-route bordée d’arbres et déjà noire de monde. En effet le roi et toute sa suite devaient traverser sous peu le village. L’homme grimpa alors sur un cerisier et sans crainte resta perché en l’air au lieu de s’incliner respectueusement vers la terre comme un bon sujet. L’apercevant, le roi ouvrit la bouche pour donner quelques ordres à ses soldats, mais rapidement le vieillard, confiant et souriant, répandit les cendres de son mortier sur les arbres alentours. Merveilleusement, en un instant, tout fleurit et un parfum très suave emplit l’air. Le souverain, apaisé et charmé offrit de riches présents au vieillard et l’invita avec sa femme dans son palais pour rendre hommage à leur générosité et leur talent de poète.

Dans les petits villages, les nouvelles vont bon train ! L’histoire des cendres du mortier passa de bouche à oreilles en un rien de temps. Le voisin jaloux en perdit le sommeil une troisième fois. Il trouvait cette fortune et ces honneurs insupportables, vraiment très, très insupportables. Il ramassa alors en hâte quelques cendres sur la pierre de la cheminée et rapidement se mit en route pour récolter à son tour les richesses et les honneurs du roi.
Il prit un raccourci pour se trouver au-devant du souverain et de toute sa suite et bien vite il grimpa sur un cerisier. Tout comme le vieil homme, au lieu de s’incliner respectueusement vers la terre, il resta perché crânement. L’apercevant le roi eut un instant d’hésitation avant d’ordonner à ses soldats de s’emparer de ce sujet rebelle. Le bonhomme, en ricanant, prit les cendres de son sac et les éparpilla sur les arbres alentours. Aussitôt des ordures puantes et des vieux os volèrent en tout sens atteignant le roi et ses hommes en s’écrasant sur leur nez et leurs beaux vêtements. Hou là, quel spectacle ! Que de cris et de gesticulations ! Les gardes courroucés attrapèrent le méchant homme qui reçut immédiatement une bonne bastonnade. Puis ils le ligotèrent et le jetèrent en prison, pour au moins une douzaine de saisons.
Dans les petits villages, les nouvelles vont bon train ! L’histoire du voisin jaloux emprisonné passa de bouche à oreilles en un rien de temps. Pourtant, on continue de rencontrer des personnes du même acabit aujourd’hui. C’est ainsi que va la vie et que se déroulent les histoires …
Quant aux deux vieux, ils gardèrent dans le cœur le souvenir de celui qui leur avait été si fidèle et qui leur avait offert la richesse. Et ils vécurent simplement heureux jusqu’à la fin de leurs jours.
N.I, NI, mon histoire est finie !
A toi de la raconter à ton tour !
D’après un conte traditionnel Japonais, lu il y a de nombreuses années dans Pomme d’Api.
Commentaires
Bonjour Lily,
Une longue, longue histoire
À raconter l’hiver
Au coin de la cheminée,
Trois nuits durant.
Le méchant voisin méritait bien d’être roué de coups.
Intéressant, ce conte japonais qui explique l’origine des fleurs de cerisier - tout en donnant une leçon aux gens envieux. La structure et les motifs me font aussi penser au conte allemand Frau Holle des frères Grimm.
Autre histoire de trésor.
Un jeune garçon vient de me confier qu’il écrivait un livre : “l’Île aux deux trésors”.
– Pourquoi deux trésors ?
– Parce qu’il y a déjà un livre qui s’appelle “l’Île au trésor”.
est-ce l’arbre du Parc Brassens ? Je n’ai pas encore regardé mes photos.
bisous
on ne peut donner vraiment que ce que l’on a à l’intérieur de soi
Bon dimanche Lily
Je t’ai envoyé un com. hier et il ne paraît pas?
L’as-tu reçu ou est-il tombé dans les oubliettes de over-blog?
Bonne journée Lily!
Mais non je ne suis pas un poisson d’avril…je reviens faire un petit tour par chez toi, m’imprégner de ton ambiance de contes. Le temps me manque cruellement en ce moment pour revenir sur tes pages passées, mais tes mots me donnent à réfléchir si souvent! Bises, natur’Lment.
Un très, très beau conte et de surcroît japonais ! La mort injuste du petit chien, fidèle compagnon, m’a attristé. Il est la victime de voisins imbéciles ! Tes photos printanières sont agréables et s’accordent à merveille avec ce conte. Un beau moment de rêve ! Merci !
Une si belle histoire…Comme elle ressemble aux contes de fées de mes jeunes années qui apprenaient mieux que personne les vraies valeurs…celles du coeur..:-))
Tes photos roses de tendresses habillent merveilleusement ce voyage au pays des rêves..:-))
Bisous Lily